Grève dans les toilettes en gare
Mis en ligne le 28 janvier 2015 Convergences Entreprises
Le mouvement a commencé lundi 12 janvier. Il concerne une quarantaine de travailleuses, réparties sur cinq gares de région parisienne, toutes dans la même situation. Jusque-là détenue par la société Spacio Confort, la gestion des toilettes en gare a été confiée par la SNCF, courant janvier, à la société 2Theloo. Cette entreprise refuse d’appliquer la convention collective du nettoyage qui impose, lors d’un changement de prestataire, le fait de reprendre l’ensemble des effectifs aux mêmes conditions de rémunération. Et ce, sous prétexte qu’elle n’est pas une entreprise de nettoyage mais une entreprise de commerce, puisque son projet est de mettre toutes sortes d’articles en vente dans les toilettes des gares ! La nouvelle société invite les travailleuses à lui envoyer CV, lettres de motivation et se réserve le droit de reprendre qui elle veut. Celles qu’éventuellement elle reprendrait, ce serait au smic, même après trente ans d’ancienneté dans le secteur du nettoyage…
Les travailleuses des cinq sites de région parisienne (Gare du Nord, Paris Saint-Lazare, Austerlitz, Bercy, Marne-la-Vallée) sont donc en grève.
Grève à 100 %
Chaque jour, plusieurs femmes de ménage de Gare de Lyon et de Montparnasse viennent les rejoindre après leur travail, en solidarité. Une des problématiques du mouvement est que les grévistes sont obligés de tenir des piquets de grève devant chaque toilette pour en interdire l’accès et mettre ainsi la pression sur la SNCF et 2Theloo. Jeudi à Marne-la-Vallée, profitant d’une absence momentanée des grévistes, la SNCF a fait changer la serrure des toilettes. C’est donc à une vingtaine au maximum que les travailleuses peuvent se réunir pour discuter de leur mouvement et entreprendre diverses actions. D’autant que le changement de prestataire et la reprise par 2Theloo concerneraient d’ici plusieurs mois 46 gares en France. L’une des premières tâches du mouvement est de rentrer en contact avec ces travailleuses de différentes gares.
Magouilles patronales, orchestrées par la SNCF !
Mardi, au deuxième jour de grève, la direction de la SNCF a organisé une réunion avec des représentants des deux entreprises : Spacio Confort et 2Theloo. Les travailleuses du nettoyage, avec l’aide de militants de la CGT-Cheminots de Saint-Lazare, ont réussi à imposer leur présence à cette réunion. L’arrangement qui leur était proposé était que Spacio Confort garde l’activité un mois de plus, le temps pour elles de se retourner, les deux jours de grève leur étant payés… si elles arrêtaient-là le mouvement ! La SNCF, quant à elle, se cachait derrière les deux sociétés prestataires. Elle a laissé entendre qu’elle pourrait reprendre les salariées dont 2Theloo ne voudrait pas, tout en ne donnant aucune garantie. Concrètement, la direction de la SNCF s’est bornée à constater ce qu’elle estime être un désaccord d’ordre juridique entre salariés et patrons et a conseillé à tout le monde d’en passer par les prud’hommes, sachant pertinemment que tout ça prendrait des mois et que d’ici là…
Vote des revendications, toutes ensemble contre des patrons voyous
Vendredi, pour la première fois, les grévistes réunies en assemblée générale à Saint-Lazare ont voté leurs revendications : maintien de tous les emplois, maintien des salaires et avantages acquis, respect de la convention collective du nettoyage. Les travailleuses ont aussi clairement affiché leur volonté d’imposer leur présence à chaque réunion avec les différentes directions d’entreprises et de garder le contrôle sur les négociations. Une prochaine réunion avec la direction de la SNCF devrait avoir lieu mardi 20 ou mercredi 21 janvier. L’enjeu pour les grévistes dans les jours à venir est bien entendu d’accroître la pression sur la direction de la SNCF. Plusieurs pistes pour cela, à commencer par aller directement populariser leur mouvement auprès des autres travailleurs du nettoyage dans les gares et auprès des cheminots.
Il y a quelques dizaines d’années, l’activité de ces travailleuses aurait fait d’elles des cheminotes au statut. Avec la sous-traitance développée dans une multitude de secteurs de l’entreprise, la SNCF mène dès aujourd’hui la politique qu’elle rêve d’appliquer à tous les travailleurs demain : chantage à l’emploi, pression sur les salaires… De même, si la SNCF et 2Theloo arrivent à l’emporter, à reprendre le marché et l’activité à leurs conditions grâce à une vieille manipulation pour contourner la convention nettoyage, demain pas un seul collègue du nettoyage ne sera à l’abri de subir le même genre de combines juridiques.
18 janvier 2015, Pierre NADAUD
Mots-clés : SNCF

