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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 104, mars-avril 2016 > Loi travail, dégage !

Loi travail, dégage !

Lycéens précaires, lycéens solidaires !

Mis en ligne le 20 mars 2016 Convergences Politique

Le lycée Lazare-Ponticelli, dans le 13e arrondissement de Paris, accueille des décrocheurs scolaires. Des jeunes dans une situation économique souvent mauvaise et dans une situation personnelle toujours difficile, voire catastrophique. 120 inscrits, 100 fréquentant le lycée au moins une fois par semaine, une soixantaine de présents par jour... mais 25 à battre le pavé mercredi, et 40 à se réunir le lendemain en assemblée générale.

La veille de la manifestation, le mardi 8, pendant un temps d’information où tous les lycéens se rendent avant d’aller déjeuner, on apprend que des activités n’ont pas lieu mercredi après-midi parce que, entre autre chose, des membres de l’équipe pédagogique marchent contre la loi Travail. Les enseignants sont muets, mais opinent du chef comme pour faire savoir qu’ils approuvent la mobilisation. Le tract Révolution qui s’adresse aux lycéens, étudiants et salariés court dans les salles communes et les couloirs, fait parler de lui.

9 mars : Rendez-vous à République

Rares sont les élèves ‘politisés’. Certains n’ont pas entendu parler du projet de loi, d’autres leurs détaillent ses méfaits et les étonnent par leur degré d’implication : ils ont déjà rendez-vous à République avec des étudiants et d’autres lycéens. « T’y vas toi ? – Ça dépend de qui y va. J’veux pas êt’ seul-tout – Bah v’nez on y va ensemble ! – Azy, j’suis aud-ch’ ! ».

Le jour de la mobilisation, le mercredi 9, on vient en baskets et imperméable à capuche. « I’ va pleuvoir ? – J’sais ap’, on s’en beurre ! ». La météo n’a pas l’air de les effrayer. Quelques parapluies sont prêtés et l’information passe : « Rendez-vous d’vant l’lycée à 13 heures, après la cantine ». Vingt élèves de toutes les structures sont au lieu de rendez-vous à heure dite ; trois rejoignent le groupe une heure après, deux sont déjà à République. Les trois qui restent voient leur cours d’histoire transformé en topo sur le projet de loi, avant d’aller défiler accompagnés de leur enseignant.

La marche commence

Le groupe des vingt s’éclate en petites équipes une fois arrivé sur la place : on rejoint les copains ou les cortèges des lycées amis. La marche commence. Deux filles, en première toutes les deux, s’impatientent dans un cortège de ‘vieux’, remontent le défilé, trouvent un bataillon de lycéens bien remontés rangés derrière une banderole, remplacent les camarades qui la tiennent et reprennent leurs slogans, souriant de leur à-propos corrosif. Les équipes s’entrecroisent, échangent anecdotes et slogans, donnent leurs impressions. Arrivés à Nation, c’est la grande réunion ; les téléphones appellent et sonnent, tout le monde se retrouve proche d’une bouche de métro ; un élève qui ne passe pas la porte du lycée depuis la rentrée aperçoit le groupe et s’y mêle, raconte son défilé.

Nouveaux gros mots

Un tract appelant à une inter-facs à Tolbiac est distribué ; un seul peut s’y rendre. On se dit qu’il faut faire une assemblée générale au lycée le lendemain. Une heure après, à Paris I, dans « l’amphi’ N », les gros mots pleuvent : « légitimité », « organisés », « totos », « groupe de travail », « tribune »... un genre bien différent de ceux que l’on entend aux cours d’éducation civique. La tête du néophyte gonfle et rougit dans la chaleur épaisse de l’amphithéâtre, la fumée l’irrite et les débats l’agacent : organisés et autonomes s’affrontent dans un combat difficile d’accès et finalement stérile ; de la démocratie, il reçoit la première leçon, avale la première arête.

Jeudi 10 : première AG

Le lendemain, le jeudi 10, un tableau est déplacé à l’entrée de l’établissement qui renseigne le lieu et l’heure de l’assemblée générale. Éparpillés dans la salle d’étude, une majorité écrasante de lycéens se réunit en AG pour la première fois. On compte les participants, il y en a un peu plus de quarante – sur cinquante-cinq présents ce jour-là dans tout l’établissement –, « C’est probablement la plus grosse assemblée lycéenne, au pourcentage, en France », précise-t-on. Les volontaires prennent la parole pour raconter leur mobilisation et faire écho de ce qui se passe dans les autres établissements. Quelques intervenants regrettent que la jeunesse soit trop peu informée sur la loi Travail.

Vote du comité de mobilisation

Puis le Comité de mobilisation est élu, de même que sa représentation : une fille et un garçon. Se pose maintenant la question des perspectives : « I’ faut qu’on r’joigne les aut’ lycées. Tout seuls, on n’a pas d’poids ». Une majorité a l’air d’accord et plusieurs interventions vont dans ce sens. La pause touche à sa fin, une autre assemblée est décidée par vote pour le lendemain à la même heure. On applaudit la séance avant de se diriger vers les salles de classes.

Le vendredi 11, l’assemblée générale compte quinze participants au comité de mobilisation sur la petite trentaine de présents. Un vote fait monter une fille et un garçon de plus à la représentation du Comité. On rappelle que la mobilisation ne doit pas servir de paravent aux échecs scolaires, que, en raison des grandes difficultés économiques et personnelles de chacun-e, il est impératif de répondre à certaines exigences (bac, inscriptions, stages, etc.). Les discussions sur les perspectives reprennent. La mobilisation du 17 est votée et celle du 31 évoquée. Trois groupes de travail sont désignés : le premier doit rédiger un tract à destination des élèves du lycée, un second doit compiler des slogans pour les prochaines mobilisations, le troisième doit fabriquer une banderole et des panneaux. Les représentants du Comité ont quant à eux la mission de se connecter avec l’extérieur. L’échéance est proche, il y a du pain sur la planche. Dubitatif quant à la suite des événements, un des représentants du Comité demande : « Mais, sincèrement, ça va changer quelqu’chose c’qu’on fait ? », ce sur quoi on lui répond « Avec des efforts, oui. On peut au moins leur faire remballer leur loi ». La prochaine AG est décidée par vote : mercredi 16, veille de la deuxième manifestation — à laquelle certains revendiquent déjà leur participation sur les réseaux sociaux.

12 mars 2016, Correspondant

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