La compétitivité en pratique chez Renault : des attaques sur tous les fronts
Mis en ligne le 30 avril 2013 Convergences Entreprises
8 260 suppressions de poste, gel des salaires pour 2013 et d’hypothétiques cacahuètes en guise d’augmentations pour 2014 et 2015, regroupement des usines en deux pôles pour mutualiser les effectifs et faciliter la « mobilité » d’un site à l’autre en fonction des besoins de la production, augmentation de 6,5 % du temps de travail en moyenne... La direction de Renault n’a pas attendu l’Accord National Interprofessionnel (ANI) sur l’emploi, votée le 9 avril, pour imposer à l’ensemble des travailleurs du groupe en France une dégradation de leurs conditions de travail à travers un accord dit de « compétitivité », signé le 13 mars par CFDT, CFE-CGC et FO. La mobilisation contre cet accord a néanmoins regroupé, pendant deux mois, quelques milliers de travailleurs. Un niveau inédit depuis 1995. Elle a permis d’établir des liens entre les équipes militantes des différents sites et ainsi posé des jalons pour les luttes à venir. Retour sur ces attaques… et leurs ripostes !
Les accords de la honte : tout est bon pour « dégraisser »
Faire plus avec moins : la bonne vieille recette pour accroître le profit. L’objectif principal de Renault – diminution du nombre de salariés et réduction des coûts – se cristallise dans les 8 260 suppressions de poste. Certes, la première mesure en ce sens, l’extension des mesures de « dispenses d’activité » trois ans avant le départ à la retraite à taux plein, soulage certains. Pour bien des salariés, qui ne peuvent plus voir la boîte en peinture, pouvoir partir plus tôt en touchant 75 % de leur salaire pendant trois ans, c’est une petite satisfaction. Même si bon nombre refont leurs calculs plutôt deux fois qu’une : avec les pertes de primes et de jours de congés, la perte est en fait supérieure à 25 %. Et qui sait si l’allongement du nombre d’années de cotisation retraite envisagée par Hollande ne va pas changer les règles du jeu, en obligeant une partie d’entre eux à retourner au travail pour quelques mois de plus ? Cette mesure s’accompagne d’ailleurs de pressions pour que les plus anciens partent au plus vite. Afin d’accélérer le mouvement, aucun délai de prévenance n’est prévu pour ceux qui partent avant le 1er mai.
Ceux qui restent découvrent ainsi un beau matin qu’un collègue est parti… mais que le boulot qu’il faisait est resté ! Conséquence : désorganisation, augmentation de la charge de travail et détérioration des conditions de travail. Et ce n’est qu’un avant goût de ce qui arrivera avec les fournées suivantes, bien moins volontaires celles-là à coup sûr, jusqu’à atteindre les plus de huit milles départs désirés.
Travailler plus et plus durement pour gagner moins
Du côté des usines, celles-ci sont regroupées en deux pôles. Celui du nord-est comprend les sites de Douai, Maubeuge, Sovab près de Metz et STA près de Lille. Celui de la Vallée de la Seine contient les usines de Choisy-le-Roi (Val de Marne), Cergy (Val d’Oise), Flins, Cléon et Grand-Couronne près de Rouen, Sandouville près du Havre, Le Mans, ainsi que les sites de la Sofrastock situés près d’Evreux et de Saint-Nazaire. Le personnel de production devra naviguer au sein de ces pôles au gré des aléas de production ou, sinon, subir le chômage technique avec des pertes de salaire importantes. Les services non directement liés à la production (maintenance, logistique, comptabilité, etc.) sont, eux, mutualisés par pôle.
Les réorganisations qui se mettent en place dans les usines ont pour objectif d’augmenter la durée du travail et d’intensifier les cadences. À Douai, par exemple, la direction, soutenue par FO, la CGC et la CFDT, prévoit un allongement de la durée du travail de 20 minutes par jour et la suppression de 5 jours de RTT par an. Les chefs d’équipe ne cessent de présenter comme modèle l’usine Nissan de Sunderland, en Grande-Bretagne. Là-bas, les travailleurs ont une moyenne d’âge de 29 ans. Passé cet âge, et passé cinq ans dans l’entreprise, ce sont les troubles musculoquelettiques (TMS) et les accidents de travail qui se multiplient chez des travailleurs précaires.
Même les ingénieurs et cadres, dans les usines et les centres techniques, vont perdre l’équivalent de quatre jours de RTT par an avec la suppression de leur Compte épargne formation (CEF), un compte né des accords 35 heures Renault de 1999 et que les salariés pouvaient transformer en congés sous certaines conditions.
Mobilités : volontaires, désignez-vous !
Dans les centres d’Ingénierie et du tertiaire, répondant au doux nom d’Optimum, un nouvel outil de gestion des mobilités internes a été mis en place pour les salariés dont le poste est supprimé ou qui ne trouvent pas à se recaser. Leurs CV seront désormais consultables par les managers ayant besoin de quelqu’un pour une mission. Ces salariés feront les bouche-trous. S’ils veulent partir, la direction ne les retiendra évidemment pas. Avec tout le stress que cela génère : c’est bien une de ces situations qui a conduit, fin mars, un salarié du centre d’ingénierie de Lardy à tenter de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail (sans y parvenir, heureusement) : dès sept heures du matin avec deux coups de couteau dans le ventre.
Un site intranet permet aussi de consulter des offres d’emploi d’entreprises de prestation ou de sociétés comme Alstom, IBM ou la SNCF. Et des « Forums » sont organisés sur les différents sites, au cours desquels des recruteurs tâcheront de convaincre les salariés Renault que l’herbe est plus verte ailleurs. Plan com’ ou arnaque, c’est au choix, mais, vu les suppressions d’emplois dans tous les secteurs, les offres réelles vont être rares… et sans doute précaires.
Bourreau des cœurs
Afin d’accompagner les suppressions de postes, à peine l’accord signé, une réorganisation massive a été annoncée. Distillant comme à l’accoutumée les informations au compte-gouttes, la direction se veut rassurante en parlant de réorganisations à « iso-effectifs ». Cachez ces suppressions d’emplois que l’on ne saurait voir ! Tous les secteurs, ingénierie, tertiaire et production, seront touchés.
Dans l’ingénierie, la suppression annoncée de 2 500 postes s’accompagne d’une répartition des activités en « Cœur de métier » et « Non cœur de métier ». Ces dernières étant visées par l’externalisation ou la délocalisation. Un « cœur » aux contours élastiques, dimensionné pour coller aux suppressions de postes. La direction se garde bien de donner la liste précise des postes concernés…
16 avril 2013,
Thomas SAEZ et Ettore LUCAS

Compétitivité en Roumanie et grève spontanée des ouvriers de Dacia
Après l’Espagne et la France, Renault veut un accord de compétitivité à Dacia : modification du régime des heures supplémentaires et des congés, augmentation des cadences (un véhicule toutes les 40 secondes !), augmentation de salaire en dessous de l’inflation. Le tout assorti d’un contrôle accentué des travailleurs : fouilles, alcotests…. 5 000 salariés ont fait un jour et demi de grève les 20 et 21 mars 2013. Une grève spontanée qui a débordé le syndicat officiel SAD. Face à la contestation, Constantin Stroe, vice-président de Dacia Automobile, a menacé les salariés de Pitesti : « s’ils continuent leurs exigences irréalistes, il y a une grande possibilité qu’une partie significative de la production soit transférée au Maroc », où les salaires sont deux fois moins élevés qu’en Roumanie. Un chantage qui en rappelle d’autres ici en France.
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