Un attentat écœurant, des guerres révoltantes
18 juillet 2016 Éditorial des bulletins L’Étincelle Politique
L’odieux attentat qui a frappé Nice le soir du 14 juillet ne peut que remplir d’effroi. En lançant son camion à pleine vitesse à travers la foule, l’assassin a fait 84 morts, hommes, femmes, enfants. Devant cet acte barbare, on ne peut que se sentir touchés et solidaires des victimes et de leurs proches.
Les motivations exactes du tueur restent encore floues. Etait-il une recrue de l’État islamique, qui a revendiqué l’attentat deux jours après ? Ou s’agit-il d’un acte isolé d’un déséquilibré à la folie meurtrière ? Il est vrai qu’il intervient dans un contexte général marqué par des attentats en Europe, aux États-Unis et au Moyen Orient inspirés ou commis par l’État islamique.
Aussitôt, François Hollande a décidé de prolonger l’état d’urgence qu’il voulait lever quelques heures plus tôt. Le massacre de Nice souligne pourtant son inutilité. Et aux gesticulations de Cazeneuve qui appelle les « patriotes » à s’engager sous les drapeaux pour on ne sait trop quelles missions, il faut ajouter les réactions ridicules de la droite. Dans la course à l’élection présidentielle, les candidats à la primaire de droite rivalisent de postures martiales et de propos répugnants mélangeant terroristes, musulmans, migrants et immigrés. À Nice, l’assassin a frappé aveuglement sans se préoccuper de l’origine ou de la religion de ses victimes.
15 ans de guerre et d’interventions impérialistes
Comme après les attentats du 13 novembre, Hollande s’est aussi empressé d’annoncer une intensification des bombardements français en Irak et en Syrie.
Les populations syriennes et irakiennes subissent attentats, guerre et massacres depuis des années. Plus de 620 Irakiens sont morts dans des attentats depuis février 2016. En Syrie, un décompte crédible est-il possible ? Et pourtant, c’est sur ces populations déjà meurtries, premières victimes des actions des groupes djihadistes, que Hollande se propose de frapper.
L’émotion et la colère ne doivent pas nous rendre complices de la politique guerrière de François Hollande. La barbarie des bombardements des grandes puissances ne vaut pas mieux que celle de l’État islamique.
Ce sont justement les guerres menées par les pays prétendant aux rôles de gendarmes du monde qui ont créé une situation de chaos au Moyen-Orient. Ces guerres impérialistes sont la première cause de la prolifération des groupes armés se réclamant du djihadisme, qui cherchent à imposer leur dictature réactionnaire et sanglante sur les populations de cette région.
En 2001, les États-Unis avaient déclenché la guerre en Afghanistan (accompagnés par la France) puis celle d’Irak en 2003, en réponse aux attentats du 11 septembre. Quinze ans après, un rapport britannique officiel dénonce les mensonges de Tony Blair, Premier ministre anglais de l’époque pour suivre les États-Unis dans cette guerre pour le pétrole. Non seulement ce sont les populations qui ont été saignées par ces offensives mais aujourd’hui ces pays sont en proie à la guerre civile. Tout comme l’est la Libye après l’intervention franco-anglaise. En Irak et en Syrie, l’hostilité entre Sunnites et Chiites, instrumentalisée par le gouvernement américain dans les années 2000, est aujourd’hui un des terreaux sur lesquels prospère l’État islamique.
Refuser l’union nationale
L’impérialisme et l’islamisme radical poursuivent les mêmes buts : la mise en coupe réglée de la population en utilisant tous les préjugés pour diviser les opprimés entre eux.
En poursuivant ces politiques guerrières, les dirigeants français ne défendent pas la paix et la sécurité dans le monde. Ils aggravent la misère et la haine. Ils ne visent qu’à préserver les intérêts économiques des grandes multinationales, du pétrole ou de l’industrie d’armement, peu leur importent les conséquences pour les populations, là-bas comme ici.
C’est pourquoi, quelle que soit notre révolte face à ces attentats odieux, nous devons refuser résolument de marcher dans leur union nationale, où les possédants et les gouvernants voudraient nous emmener à soutenir la poursuite de guerres faites pour leurs profits, et où nous n’avons rien à gagner, et tout à perdre.
Mots-clés : Daech (Etat islamique) | Impérialisme | Terrorrisme
