Turquie : « Erdogan assassin »
12 octobre 2015 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Ils ont été des milliers à crier leur colère, ce dimanche, dans les grandes villes de Turquie, contre l’attentat qui a fait une centaine de morts et plus de 500 blessés à Ankara, et à dénoncer la responsabilité du gouvernement turc d’Erdogan. L’émotion est immense. Les centrales syndicales turques, à l’exception de celle liée au gouvernement, appellent à deux jours de grève générale.
Tout l’été, l’armée turque a multiplié les raids militaires dans les régions à majorité kurde du sud-est du pays, en même temps que le gouvernement a procédé à des vagues d’arrestations de militants de gauche et syndicaux.
C’est pour protester contre cette répression sauvage que la manifestation nationale « pour la paix » de samedi a été appelée, non seulement par le parti HDP, qui regroupe des mouvements kurdes et des organisations de la gauche turque et dont les succès électoraux dérangent Erdogan, mais aussi par plusieurs syndicats et organisations féministes. Tous et toutes étaient visés par les attentats.
D’autant que Erdogan et son parti islamiste, l’AKP, au pouvoir depuis 2003, sont de plus en plus contestés ces dernières années : révolte des jeunes au parc Gezi d’Istanbul en 2013 contre la soif de profit des bétonneurs et la corruption du régime ; grèves ouvrières l’année dernière, notamment aux usines Bosch puis Renault de Burça pour l’augmentation des salaires. Les multinationales ont dû céder des augmentations. Aux élections de juin dernier, le parti d’Erdogan perdait la majorité absolue qu’il avait jusque-là au parlement.
C’est pour tenter de la retrouver qu’il organise de nouvelles élections le 1er novembre prochain et les prépare à coups de répression, de provocations et de mobilisation des forces les plus réactionnaires, xénophobes et anti-ouvrières. Dont celles qui ont organisé l’attentat, s’il n’est pas directement l’œuvre des services secrets du régime. Hypothèse largement avancée par les médias.
Mais les jeunes qui ont affronté le régime dans la rue, les travailleurs qui ont tenu tête dans les grèves, les classes populaires turque et kurde peuvent trouver le chemin de l’alliance contre l’ennemi commun. Erdogan devra bien payer sa politique criminelle. Souhaitons déjà que la grève de cette semaine soit la plus largement suivie.
Mots-clés : Turquie
