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Si le gouvernement ne plie pas, ça cassera !

22 mars 2006

Face au mouvement étudiant et lycéen qui, avec l’appui des confédérations syndicales, a rassemblé près d’un million de jeunes, travailleurs et parents le samedi 18 mars dans tout le pays - journée la plus massive jusque-là -, le gouvernement ne fléchit pas. De Villepin vaque à ses occupations, son jogging du week-end, sa rencontre avec des étudiants triés et des patrons favorables à sa politique, son « pot amical » avec les parlementaires de l’UMP (mais cocktail probablement âpre entre villepénistes et sarkozystes) et surtout, s’entête à claironner qu’il n’y aura ni retrait, ni suspension ni « dénaturation » de son CPE !

A voir. Car la jeunesse en lutte fléchit moins encore. Depuis bientôt sept semaines, son mouvement est allé crescendo. Les universités (et militants étudiants) qui ont lancé le mouvement dès le début février ont été suivies de dizaines d’autres. Les lycées qui leur ont emboîté le pas ont été suivis de centaines d’autres. En ce début de semaine, blocages ou blocus - puisque c’est une forme privilégiée de ce mouvement -, touchent une multitude d’établissements. Ils ne vont évidemment pas sans discussions voire accrochages entre leurs partisans et leurs opposants, pas sans quelques bris de matériels non plus. Mais c’est massivement qu’étudiants et lycéens en lutte participent à leur mouvement, à des manifestations et interventions auprès de la population, à des assemblées générales où quotidiennement et démocratiquement ils le reconduisent. Et aux âmes bien pensantes qui en appellent à la liberté d’enseigner ou d’étudier, signalons que le ridicule est du côté des flics de Sarkozy qui ont encerclé la Sorbonne à Paris d’un immense rempart métallique, avec meurtrières ! La sauvagerie aussi, puisqu’un manifestant est entre la vie et la mort après avoir été piétiné par quelques-uns d’entre eux.

Etudiants et lycéens sont plus décidés que jamais et forts du soutien qu’ils ont emporté du côté des confédérations syndicales ouvrières. La grande majorité des jeunes en lutte, des organisations comme l’Unef, ou encore la coordination nationale étudiante et lycéenne, exigent le retrait du CPE mais aussi du CNE et de l’ensemble de la loi dite d’égalité des chances qui visent à généraliser et légaliser la précarité. Ce qui est bien la réponse qui s’impose à un gouvernement et un patronat qui n’entendent pas en rester aux moins de 26 ans avec le CPE ou aux salariés des entreprises de moins de 20 salariés avec le CNE, mais étendre la précarité à tous les salariés.

Dès le début du mouvement et non sans succès, les jeunes en lutte en ont appelé à l’ensemble des travailleurs et des confédérations syndicales. Celles-ci ont dû céder à l’élan de la jeunesse et appeler aux journées successives des mardi 7 février, mardi 7 mars, samedi 18 mars, puis du mardi 28 mars prochain, pour « une journée interprofessionnelle de manifestations et de grèves ». La rencontre intersyndicale du lundi soir 20 mars a reçu, quelques minutes certes, des porte-parole de la coordination étudiante pour entendre son appel à la grève générale. Si le mot n’est pas repris dans l’appel des confédérations pour le 28 mars (ménagement sémantique pour oreilles syndicales fragiles oblige !), l’important est que cette journée à venir soit effectivement de grève et manifestations étendues au maximum de secteurs et branches du monde du travail. Qu’elle représente une nouvelle étape dans la généralisation du mouvement.

Villepin est loin d’avoir tout vu. Les appels qui sont d’ores et déjà lancés, chez les cheminots, les postiers, certains secteurs enseignants, en sont le signe. En est le signe aussi qu’apparaisse, ici ou là, la revendication sur les salaires dont la faiblesse fait bien intégralement partie de la précarité. Et la nouvelle journée du jeudi 23 mars que préparent dans l’entre-temps les étudiants et les lycéens, dont certains devraient converger à Paris, peut faire basculer bien des indécis. La force du mouvement de la jeunesse, c’est d’appeler à la rescousse les travailleurs, mais sans pour autant attendre ni dépendre des confédérations syndicales pour continuer la lutte.

Les cortèges du 18 mars ont montré que la jeunesse étudiante et lycéenne, populaire pour l’essentiel, représente un formidable pouvoir d’attraction pour les adultes, parents ou travailleurs, venus la rejoindre dans la rue. N’en déplaise à tous ceux, y compris parmi les responsables politiques de la gauche, qui en appellent au calme et au dialogue (avec qui et sur quoi ?), cette jeunesse persévère à compter sur son combat et à y entraîner les syndicats. Etudiants et lycéens ont raison de vouloir obtenir le retrait du CPE, du CNE et de toute la loi dite d’égalité sociale. L’espoir est qu’ils aient raison aussi des craintes et hésitations des travailleurs à se mettre en branle, tous ensemble et pour de bon.

Michelle VERDIER

Réactions à cet article

  • chers camarades, dans LdC n° 93 vous avez écrit ce que je cite en bas. N’est-ce pas ce qui se passe en France actuellement, et ce qui se passera le 28 mars, que vous avez signalés comme perspectives pour ces banlieusards les plus défavoriséés, débousolés mais pas résignés ?

    Mais je n’ai jamais lu dans LO ni dans une tribune que vous parlez d’un seul mot des ces jeuns prolétaires des banlieues qui se sont révoltés si violement, aveuglement et de facon « auto-destructifs » en octobre/novembre 2005.

    "Seule une lutte d’ensemble peut les imposer. Ce n’est pas la voie proposée jusqu’ici, pas plus par les confédérations syndicales que par les partis de gauche. Pas plus quand ils ont eu affaire à des luttes ouvrières radicales qu’à la révolte de fractions de la jeunesse. En mars dernier, aux lycéens qui mettaient leur espoir dans une jonction avec les manifestations ouvrières, les confédérations ont tourné le dos, de fait, en ne donnant aucune suite à leurs propres manifestations du 10 mars. Aux jeunes des banlieues, aujourd’hui, la CGT affirme bien sa solidarité, mais après avoir accepté comme les autres qu’une suite au 4 octobre soit renvoyée sine die, ou avoir poussé les marins de la SNCM à abandonner la lutte sans tenter d’en faire un point d’appui pour l’étendre à d’autres. Le mouvement ouvrier ne peut donner une perspective aux révoltes tâtonnantes de la jeunesse et ouvrir les yeux de leurs protagonistes qu’en livrant de son côté des luttes aussi déterminées et aussi radicales, même si c’est avec des méthodes évidemment radicalement différentes. Alors seulement en leur donnant d’autres cibles et d’autres objectifs, il pourrait éviter que ces révoltes aveugles se retournent contre les quartiers populaires, leurs habitants ou même les jeunes eux-mêmes.

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