Artillerie Lourdes
10 août 2004
La visite du pape en France n’avait pas encore débuté que déjà les médias donnaient à l’événement une couverture aussi complaisante que saugrenue. Et de débattre de l’authenticité des miracles survenus à Lourdes ! Comme si le nombre des guérisons soi-disant miraculeuses s’écartait en rien de la statistique des hôpitaux ! On cherche en vain des voix pour s’indigner de l’exploitation éhontée de la détresse des malades et de leur famille sur laquelle repose toute cette mascarade. Le miracle, c’est qu’elle rapporte ! Cette petite Mecque catholique va voir affluer 300 000 personnes qui achètent des bondieuseries, mais aussi dorment, mangent, boivent, etc… Autant pour les tour-opérateurs, restaurateurs, hôteliers. Sans compter les recettes publicitaires de la chaîne de télé France 2 - publique s’il vous plaît - qui couvre l’événement pour le monde entier (certes ombragé par les jeux d’Athènes).
Wojtyla (« Jean Paul II » pour les intimes) sera reçu par Chirac, puis escorté jusqu’à la grotte magique par Bayrou et Douste-Blazy : il faut dire que la droite aurait bien besoin d’un miracle pour se relever de ses déboires électoraux. Ou peut-être le ministre de la Santé devrait-il aiguiller sur Lourdes tous ceux que sa réforme de l’assurance maladie aura privés de soins médicaux dignes de ce nom. Et ce petit monde politicien de n’être guère rebuté par le thème moyenâgeux de la visite pontificale : les 150 ans de la promulgation du dogme de l’immaculée conception, selon lequel une femme aurait procréé sans rapports sexuels. Voilà plus de 2000 ans que la petite Marie a réussi à leur faire croire ça !
Mais par-delà ce Disneyland de Lourdes, il y a le rôle réactionnaire de l’Eglise catholique. Au service de l’ordre social dominant. Jusqu’à aujourd’hui, elle s’illustre par la collusion ouverte des sommets de sa hiérarchie avec la droite extrême à l’échelle internationale : depuis le soutien aux commandos anti-avortements aux Etats-Unis jusqu’à la canonisation de Josemaria Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, l’aile religieuse du franquisme espagnol. Et il n’y aura pas grand monde à Lourdes, parions-le, pour gâcher la grand-messe médiatique en rouvrant l’épineux dossier du soutien de l’Eglise au courant extrémiste Hutu lors du génocide rwandais de 1994, et de la protection apportée par les réseaux du Vatican à différents ecclésiastiques rwandais recherchés par les tribunaux internationaux au titre de leur complicité dans ces massacres.
Car l’église catholique n’est pas seulement une force spirituelle. Elle est une énorme puissance matérielle, un genre de gros trust mondial, avec ses filiales et autres sous-traitantes. Ce sont des terres, un immense parc immobilier, des banques, des empires de presse ou autres médias, du fric, des hommes qui ne sont pas tous de malheureux curés de campagne sans le sous. Les églises chrétiennes, la catholique ou ses descendances directes protestantes, restent celles des seigneurs, des Chirac ou des Bush. Ce dernier prête serment sur la bible, et prie avant d’envoyer ses soldats tuer ou se faire tuer, torturer ou se faire torturer, aux quatre coins du monde ! La bénédiction divine est toujours là !
Certes aujourd’hui, il y a de la concurrence entre trusts religieux pour se disputer l’influence dans le monde et spéculer sur l’inculture que les impérialistes occidentaux entretiennent dans leurs ex-colonies ou Etats sous leur domination. L’appareil catholique et ses vieilles dissidences évangélistes venues d’Europe, sont concurrencées par les institutions musulmanes voire islamistes, juives, bouddhistes, etc. Le résultat, c’est que le monde - et surtout aujourd’hui le tiers monde - est quadrillé par des escouades de prêcheurs qui encadrent, contrôlent, dans le but de tenter de contenir les réactions des populations exploitées. La crédulité des plus pauvres, qui repose sur l’illettrisme et l’ignorance dans lesquels ils sont maintenus, assure le succès de ces curés, imams ou autres rabbins.
Le Vatican reste le premier prêcheur de la soumission à l’ordre établi. Il vient encore d’exprimer sa hargne à l’égard de ceux qui cherchent à s’émanciper par une diatribe contre les féministes, à vrai dire contre les femmes qui ont lutté pour leur égalité sociale et la liberté de disposer de leur corps. Tant le culte des préjugés et l’oppression de la femme, par la croix ou le voile, sont des moyens d’imposer à tous l’oppression sociale.
Heureusement, des générations de militants, notamment socialistes et communistes, ont lutté pour l’émancipation de leur classe et l’égalité des sexes. C’est loin d’être gagné, certes. Les puissants de ce monde, comme les Chirac, Bush ou Sharon, continuent à parader aux côtés de leurs églises et démagogues religieux en tous genres, pour mieux canaliser la colère des plus pauvres. Mais l’exploitation moderne, brassant plus que jamais les peuples, jetant sur les mêmes chantiers ou usines les travailleurs venus du monde entier, ne peut que nous aider à faire grandir une autre conscience, la conscience de classe et de la nécessaire émancipation sociale.
Julien FORGEAT

Réactions à cet article
1. > Artillerie Lourdes , 12 août 2004, 10:56, par Marat
Salut Julien. Cool ton article, mais il y a une grosse erreur, et c’est toujours dommage ! Tu écris : « les 150 ans de la promulgation du dogme de l’immaculée conception, selon lequel une femme aurait procréé sans rapports sexuels ». Euh... c’est pas ça du tout, ce dogme-là ! Tu fais une erreur très commune, mais tu aurais pu te documenter un peu ! :-) Ce dogme-là, c’est « la naissance de Marie sans péché », rien à voir avec comment elle a eu son fils. Bon, il paraît que tout le monde se trompe aussi, mais bon, toi, tu écris, alors, bon...
Ciao bello.
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1. > Artillerie Lourdes , 31 août 2004, 01:32
Le mieux, ce serait que Julien il réponde lui-même, surtout à ce qu’a écrit « un camarade ».
Je trouve que Marat, qui a l’air de s’y connaître en bondieuseries, n’est pas très clair. Marie n’a pas eu de père, c’est ça « l’immaculée conception » ? Mais Jésus, je crois bien qu’il est né sans que Joseph n’ai pris de plaisir avec Marie. On aurait deux donc générations « immaculées » !? Si c’est le cas, ce qu’a écrit Julien n’est pas forcément faux, car parlant d’« une femme qui aurait procréé sans rapports sexuels », il pourrait s’agir tout autant de Marie que de sa mère. A moins que le dogme dont Julien parle (« promulgé il y 150 ans »), concerne la naissance de Marie et non de Jésus ?
Dans tous les cas ce ne sont pas des histoires très salaces comme je les aime, mais pour en avoir le coeur net, j’attend que Marat veuille bien m’éclairer (avant de prendre son bain).
Robin Glardy
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2. > Artillerie Lourdes , 18 août 2004, 11:44
Cher(e)s camarades,
Après avoir lu votre tribune dans le dernier numéro de Lutte Ouvrière, article où je me retrouve quant au fond, je voudrais juste réagir sur un point mineur.
En effet, vous écrivez : « L’appareil catholique et ses vieilles dissidences évangélistes venues d’Europe, sont concurrencées par les institutions musulmanes voire islamistes, juives, bouddhistes, etc. Le résultat, c’est que le monde - et surtout aujourd’hui le tiers monde - est quadrillé par des escouades de prêcheurs qui encadrent, contrôlent, dans le but de tenter de contenir les réactions des populations exploitées. La crédulité des plus pauvres, qui repose sur l’illettrisme et l’ignorance dans lesquels ils sont maintenus, assure le succès de ces curés, imams ou autres rabbins. »
Or, je ne pense pas que l’on puisse dire que l’Eglise catholique soit concurrencée par des institutions juives. En effet, la religion juive est la seule religion monothéiste qui ne fait pas de prosélytisme en dehors de la communauté juive (se convertir au judaïsme est très difficile).
Cela n’enlève rien, bien sûr, au caractère réactionnaire de toutes les religions.
Fraternellement,
un camarade
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