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Archives > Éditos L’Étincelle > 2014 > octobre > 6

À terroriste, terroriste et demi

Depuis deux semaines, l’armée française bombarde l’Irak. Ces frappes viendront-elles à bout de la cible désignée, les barbares de l’État islamique (EI) ? Une chose est sûre : elles font déjà des victimes civiles, ainsi que le dénonce l’organisation humanitaire Human Rights Watch. De celles-ci, les médias occidentaux ne parlent presque pas.

La barbarie de l’EI et celle de nos gouvernements se nourrissent mutuellement

Si l’EI parvient à enrôler des jeunes de tous les pays de la région, c’est à cause de l’état de guerre permanente qui y sévit. Ces conflits ne sont pas des guerres de religion mais des interventions militaires occidentales : les États-Unis en Irak (1991 et 2003), la France en Libye (2011), Israël en Palestine. Même la guerre dite « civile » en Syrie, est en réalité le résultat de l’affrontement de grandes puissances et d’Etats régionaux par bandes armées interposées, afin d’étouffer le début de véritable révolution populaire de 2011.

La jeunesse du Moyen-Orient a grandi dans des camps de réfugiés ou dans des taudis avec seulement quelques heures d’électricité par jour. Même ceux qui ont pu accéder aux études sont condamnés au chômage ou aux trafics. Ceux qui tentent leur chance en Europe doivent risquer leur vie pour traverser la Méditerranée (4000 morts cette année) et sont ensuite pourchassés comme sans-papiers dans les pays mêmes qui sont responsables du chaos de leur région natale.

Les gouvernements américains, français et anglais n’ont que faire du sort des populations civiles, qu’elles soient musulmanes, juives, chrétiennes ou kurdes. Leur intervention actuelle, tout comme les innombrables précédentes, n’est motivée que par les intérêts des multinationales, en premier lieu le contrôle du pétrole. En rajoutant de la guerre à la guerre, ils ne feront que déstabiliser un peu plus une région au bord du chaos et donner du crédit aux intégristes de l’EI qui pourront apparaître comme leurs opposants. En prétendant juguler une menace terroriste, ils sont en train de l’alimenter.

La guerre nourrit la xénophobie la plus crasse, qui confond volontairement les Arabes avec les musulmans, et ceux-ci avec une poignée d’illuminés. Avec Hollande en guerre permanente à l’étranger, Valls en profite pour inventer un « ennemi intérieur » et somme chacun de se ranger derrière sa politique. « Qui n’est pas avec nous est avec l’EI » nous dit en substance le gouvernement, pendant qu’il distribue des milliards au patronat.

Islamistes et grandes puissances : je t’aime, moi non plus

L’amalgame entre Arabes et terroristes est d’autant plus choquant que les peuples arabes, toutes cultures confondues, ont exprimé leur aspiration à la liberté, la démocratie et la justice sociale en se soulevant les uns après les autres au printemps 2011. La vague de grèves qui a secoué l’Égypte en février 2014 montre que les braises de cette révolution ne sont pas encore éteintes. En faisant tomber Ben Ali et Moubarak, alliés fidèles de la France et des États-Unis, les peuples de la région ont flanqué la trouille aux dirigeants des grandes puissances.

Ce mouvement a trouvé face à lui les vieilles dictatures militaires, les bandes armées djihadistes, les États réactionnaires de la région et les armées occidentales. Contre la propagation de cette révolution, les États-Unis se sont appuyés sur la monarchie d’Arabie Saoudite, sur l’Iran des Mollahs, sur le Qatar (qui a largement financé l’EI) et sur la Turquie d’Erdogan. Quant à la France, elle a appuyé le gouvernement islamiste d’Ennahda en Tunisie.

Nos gouvernements ne combattent pas l’obscurantisme, ils l’utilisent et l’entretiennent. Les peuples arabes en sont aujourd’hui les premières victimes. Les classes ouvrières d’Égypte et de Tunisie, la jeunesse de Lybie et de Syrie ont montré l’exemple en 2011 en se battant ensemble pour leurs intérêts de classe. Cet incendie social salutaire n’a malheureusement pas été jusqu’à renverser le capitalisme et s’est heurté au déchaînement de violence des soutiens du système. Mais cela reste la seule voie, ici comme là-bas.

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