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Archives > Éditos L’Étincelle > 2014 > décembre > 15

À faire la roue devant les patrons, Lepaon y perd des plumes

Rénovation de son appartement (105 000 € et 45 000 € de mobilier), de son bureau à Montreuil (62 000 €), indemnité de départ de l’Union régionale CGT de Basse-Normandie lorsqu’il est devenu leader national en mars 2013 (31 000 €) : pour la majorité des salariés, des chômeurs ou des retraités aux prises à des fins de mois difficiles, ces révélations ont de quoi choquer. Pour de nombreux syndiqués et militants CGT au salaire et à la carrière bloqués à cause de leur engagement syndical, ou qui subissent la répression, il y a de quoi se sentir floué. Et la démission du trésorier de la CGT, qui avait avalisé ces dépenses, ne changera rien à ce sentiment d’écœurement.

Les fausses indignations politiciennes

Mais quand Manuel Valls en profite pour réclamer « l’exemplarité à tous les niveaux  », il ferait mieux de balayer devant sa porte. Le chef du gouvernement « pro-business » déclare être propriétaire d’un modeste F2 à Paris, alors que son appartement ferait plus de 200 m2 et vaudrait dans les deux millions d’euros. Et les scandales financiers qui touchent régulièrement la classe politique de droite comme de gauche sont d’une toute autre ampleur que quelques centaines de milliers d’euros.

Quant à Marine Le Pen, la pourfendeuse des élites, elle dispose d’un magnifique domaine de 5000 m2 à Saint-Cloud, d’une maison près de Perpignan, de la maison familiale de La Trinité-sur-Mer et d’un appartement (qu’elle loue) à Hénin-Beaumont.

À force de singer ceux qu’il fréquente

Thierry Lepaon est décidément un petit joueur. Et bien plus petit encore comparé aux grands patrons : ses petits privilèges ne valent rien au regard des 16,6 millions d’euros annuels d’Arnaud Lagardère, des 9,7 millions de Carlos Ghosn, ou de la « modeste » paye de 420 000 € du patron du Medef, Pierre Gattaz, comme PDG de Radiall.

Ceux-là ont bien profité d’avoir à la tête de la CGT, et des autres centrales syndicales, des « syndicalistes de dialogue », passant leur temps autour des tables de négociations et accompagnant, à coups de « compromis » signés sur notre dos, les reculs sociaux qu’on nous impose. L’ex-ouvrier de Moulinex n’a fait que singer ceux qu’il côtoie dans ces sommets, plus préoccupé de ses cravates et du design de son bureau que de la lutte de classe.

En attendant, on nous sert les Macronneries

Partira, partira pas ? Certaines fédérations réclament sa démission, et la question pourrait être tranchée par le « parlement de la CGT », convoqué le 13 janvier prochain. Mais pour bon nombre de militants CGT de base, il est clair que Lepaon ne mérite pas leur confiance. Pire, que ses petites affaires sont un coup de poignard dans leur dos. La « loi Macron » banalise le travail le dimanche et poursuit la politique du gouvernement contre les travailleurs. Des négociations sont en cours entre le Medef et les syndicats sur la prétendue « modernisation du dialogue social », en vue de réduire les droits syndicaux dans les entreprises. Et d’autres attaques sont envisagées contre le CDI, les 35 heures.

Les déboires de Lepaon fournissent ainsi l’occasion rêvée de mener une campagne médiatique contre les syndicats. Campagne qui sert les intérêts du patronat et du gouvernement, plus disposé que jamais à satisfaire les moindres désirs de Gattaz et consorts.

La pire des démissions

« Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat », avait déclaré Thierry Lepaon à la presse en février 2013. Mais le patronat en réclame bien plus. Tendez-lui la main, il vous mangera le bras… Alors, que Lepaon soit ou pas débarqué, n’est qu’une question annexe. L’essentiel est de savoir si la direction de la CGT continuera à démissionner face au combat à mener contre le patronat.

Les militants de base des syndicats et les travailleurs non syndiqués ne pourront compter que sur eux-mêmes, sans attendre les hautes sphères syndicales, pour reprendre le chemin des luttes contre l’offensive du patronat et du gouvernement.

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