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	<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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	<description>Site de la fraction L'&#201;tincelle, groupe trotskyste partie prenante du NPA, et de sa revue Convergences r&#233;volutionnaires.</description>
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		<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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		<title> Mai 68 dans le monde
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		<dc:subject>Politique
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		<dc:subject>Mai 1968
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		<description>Le mouvement de mai 1968, qui s'est traduit en France par la plus grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qu'ait connue le pays depuis celle de juin 1936, gr&#232;ve d&#233;clench&#233;e dans la foul&#233;e d'une r&#233;volte de la jeunesse &#233;tudiante, n'a pas &#233;t&#233;, loin s'en faut, qu'un ph&#233;nom&#232;ne fran&#231;ais. &lt;br /&gt;Ses causes m&#234;mes, celles qui avaient conduit &#224; un &#233;veil politique d'une fraction de la jeunesse, sont &#224; chercher dans l'actualit&#233; mondiale des ann&#233;es 1960. Dans le soul&#232;vement des peuples coloniaux au lendemain de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale et le&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;/a&gt;

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&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement de mai 1968, qui s'est traduit en France par la plus grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qu'ait connue le pays depuis celle de juin 1936, gr&#232;ve d&#233;clench&#233;e dans la foul&#233;e d'une r&#233;volte de la jeunesse &#233;tudiante, n'a pas &#233;t&#233;, loin s'en faut, qu'un ph&#233;nom&#232;ne fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses causes m&#234;mes, celles qui avaient conduit &#224; un &#233;veil politique d'une fraction de la jeunesse, sont &#224; chercher dans l'actualit&#233; mondiale des ann&#233;es 1960. Dans le soul&#232;vement des peuples coloniaux au lendemain de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale et le d&#233;veloppement du mouvement noir aux USA, lui-m&#234;me en partie inspir&#233; par les r&#233;volutions coloniales en Afrique. Dans l'indignation soulev&#233;e en Europe, aux &#201;tats-Unis ou au Japon, par les horreurs de la guerre du Vietnam, la guerre am&#233;ricaine qui y avait pris le relais de la guerre fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons dans le &lt;a href='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/-DOSSIER-Mai-1968-dans-le-monde-II-' class='spip_in'&gt;dossier du prochain num&#233;ro de &lt;em&gt;Convergences R&#233;volutionnaires,&lt;/em&gt; celui du mois de juin&lt;/a&gt;, sur l'ensemble du contexte des ann&#233;es 1960 dans lequel ces mouvements ont &#233;clat&#233; et sur 1968 dans le monde, notamment aux &#201;tats-Unis, au Japon ou au Mexique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sent dossier se limite, lui, essentiellement aux &#233;v&#233;nements de Mai 68 en France, ainsi que dans les pays voisins, Allemagne et Italie, o&#249; les mouvements, &#233;troitement li&#233;s entre eux, ont eu une &#233;volution et une port&#233;e assez semblables. Nous y parlons &#233;galement des &#233;v&#233;nements de 1968 en Tch&#233;coslovaquie qui ont fortement marqu&#233; l'actualit&#233; politique en Europe cette ann&#233;e-l&#224;. La r&#233;volte contre l'intervention des chars russes en Tch&#233;coslovaquie pour mettre fin aux tentatives (pourtant assez timides) de lib&#233;ralisation du r&#233;gime entreprise par Alexander Dub&#269;ek et, surtout, mettre fin &#224; la contestation populaire que cette petite ouverture avait encourag&#233;e, donnait raison en France et en Italie &#224; ceux qui critiquaient la bureaucratie stalinienne, en premier lieu aux courants trotskystes, dans ces pays o&#249; les partis communistes staliniens avaient un quasi-monopole sur le mouvement ouvrier et faisaient la chasse &#224; tous leurs dissidents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, l'&#233;veil politique d'une fraction de la jeunesse a &#233;t&#233; le fruit de la mont&#233;e des protestations contre la sale guerre d'Alg&#233;rie qui avaient fini par gagner une fraction de plus en plus large de la jeunesse et du milieu militant, malgr&#233; les partis de gauche qui portaient une lourde responsabilit&#233; dans ces guerres et malgr&#233; la pleutrerie du Parti communiste. (L'utilisation du napalm et la torture en Alg&#233;rie, sous un gouvernement fran&#231;ais socialiste, n'avait pas grand-chose &#224; envier aux armes chimiques du dictateur Al Assad aujourd'hui.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#233;conomique en 1968 n'&#233;tait pas marqu&#233;e par une ann&#233;e de crise, comme cela avait &#233;t&#233; le cas dans les ann&#233;es 1930, d'o&#249; &#233;tait sortie la gr&#232;ve de juin 1936. C'&#233;tait presque le contraire. 1968 &#233;tait plut&#244;t ann&#233;e de plein emploi. Les ann&#233;es qui avaient suivi la fin de la guerre mondiale avaient &#233;t&#233;, dans les pays comme la France, l'Italie, l'Allemagne ou le Japon, une p&#233;riode d'expansion du d&#233;veloppement industriel, apr&#232;s tant d'ann&#233;es de destruction. Mais c'est la classe ouvri&#232;re qui avait pay&#233; les frais de cette croissance, par l'intensification du travail, des semaines de plus de 45 heures dans les usines en France malgr&#233; la loi des 40 heures de 1936. Des guerres coloniales d'Indochine d'abord, puis d'Alg&#233;rie. Les travailleurs en France avaient &#233;galement pay&#233; la note par les politiques d'aust&#233;rit&#233; des gouvernements successifs. La petite paysannerie, ruin&#233;e par l'industrialisation de l'agriculture, et sa jeunesse quittaient la campagne pour les usines. Sans parler de ces centaines de milliers de travailleurs immigr&#233;s que les entreprises fran&#231;aises allaient chercher, notamment en Afrique du nord, pour remplir leurs chaines de production, mais dont beaucoup n'&#233;taient log&#233;s que dans des bidonvilles, celui de Nanterre ou d'ailleurs, qui n'ont fini par dispara&#238;tre qu'au cours des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si bien qu'on ne peut pas dire que cette ann&#233;e 1968, o&#249; l'on a tant parl&#233; de r&#233;volution, entre autres parce que les r&#233;voltes des peuples colonis&#233;e en avaient suscit&#233; l'espoir, &#233;tait une de ces p&#233;riodes r&#233;volutionnaires o&#249; le vieux monde s'effondre et conduit tout droit &#224; la barbarie si on ne le renverse pas, comme c'&#233;tait le cas en 1936, &#224; la veille de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. On pourrait plut&#244;t dire, pour les gr&#232;ves de 1968, que le monde du travail, qui avait fait durement les frais de la reprise &#233;conomique de l'apr&#232;s-guerre sans en voir les fruits, demandait enfin son d&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement de Mai 68 n'est pas all&#233; au bout des espoirs de changement du monde d'une partie de la jeunesse qui y participait, il a &#233;t&#233; au moins le point de d&#233;part d'un essor des organisations communistes r&#233;volutionnaires que nous connaissons aujourd'hui, m&#234;me si elles sont encore bien trop faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes aujourd'hui dans une situation bien diff&#233;rente de 1968 : d'un c&#244;t&#233; un contexte social en partie plus dur avec le ch&#244;mage massif (m&#234;me si le niveau de vie dans un pays comme la France est plus &#233;lev&#233; qu'en 1968), de l'autre une combativit&#233; pour l'instant moins explosive qu'en 1968. Mais nous avons &#224; retenir de Mai 68 les le&#231;ons de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, de sa force mais aussi de la trahison des directions syndicales et des partis pr&#233;tendument ouvriers qui ont fini par la juguler. Particuli&#232;rement en ce mois de mai 2018 en France, o&#249; la &#171; convergences des luttes &#187; (gr&#232;ve des cheminots, des salari&#233;s des hypermarch&#233;s Carrefour, des employ&#233;s d'Air France, des &#233;boueurs, des hospitaliers sans oublier la contestation &#233;tudiante qui gagne toutes les universit&#233;s&#8230;) est &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_1092 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH795/commejesuisdevenuenragevo24-a5380.png?1526422019' width='500' height='795' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> La gr&#232;ve &#224; Renault Billancourt
</title>
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		<dc:subject>Entreprises
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		<dc:subject>Renault
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		<dc:subject>Mai 1968
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		<dc:subject>Histoire
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		<description>(Racont&#233;e par notre camarade Michel, un ouvrier de l'usine, militant de Voix ouvri&#232;re) &lt;br /&gt;En 1968, l'usine de Renault-Billancourt comptait 35 000 ouvriers. Elle s'&#233;tendait sur 75 hectares. Un beau jardin ! Le centre de l'usine &#233;tait l'&#206;le Seguin, une &#238;le de 11 hectares et d'un kilom&#232;tre de long au milieu de la Seine. C'&#233;tait l&#224; mon lieu de travail. &lt;br /&gt;D&#233;j&#224; avant la gr&#232;ve, il y avait une ambiance particuli&#232;re, comme partout d'ailleurs. Parce que nous, en &#233;quipe du soir, on entendait quelquefois le bruit des grenades. Je&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;
(Racont&#233;e par notre camarade Michel, un ouvrier de l'usine, militant de Voix ouvri&#232;re&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Le groupe trotskyste Voix ouvri&#232;re a &#233;t&#233; dissout par le gouvernement au (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1968, l'usine de Renault-Billancourt comptait 35 000 ouvriers. Elle s'&#233;tendait sur 75 hectares. Un beau jardin ! Le centre de l'usine &#233;tait l'&#206;le Seguin, une &#238;le de 11 hectares et d'un kilom&#232;tre de long au milieu de la Seine. C'&#233;tait l&#224; mon lieu de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; avant la gr&#232;ve, il y avait une ambiance particuli&#232;re, comme partout d'ailleurs. Parce que nous, en &#233;quipe du soir, on entendait quelquefois le bruit des grenades. Je pense que c'est la Seine qui amenait &#231;a. Et parmi les gars, le climat montait : ils suivaient l'actualit&#233; de loin, mais ils disaient merde, qu'est-ce qu'on attend, parce que depuis que les &#233;tudiants se bagarrent, nous il n'y a pas de raison de ne rien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il y avait eu cette fameuse gr&#232;ve du 13 mai, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui avait bien march&#233;. C'est les syndicats qui l'avaient lanc&#233;e. Nous on l'a faite avec tout le monde. Rien n'&#233;tait pr&#233;vu apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 mai les ouvriers de Sud-aviation, &#224; Nantes, s'&#233;taient mis en gr&#232;ve. On en avait peu parl&#233; &#224; l'usine, mais quand le lendemain on a su que Renault-Cl&#233;on aussi se mettait en gr&#232;ve, &#231;a int&#233;ressait plus, car c'&#233;taient des fr&#232;res de lutte. Et, le 16 mai, le bruit courait qu'il s'&#233;tait pass&#233; quelque chose &#224; la place Nationale, l'une des grandes entr&#233;es de l'usine. C'&#233;taient des jeunes de la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires, organisation de jeunes d'un des groupes trotskystes&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='FER, organisation de jeunesse de l'OCI, le groupe trotskyste anim&#233; par Pierre (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, qui &#233;tait venue, sur la coupure du midi. Du bout de l'&#238;le o&#249; l'on travaillait, la traverser de bout en bout puis prendre le pont, &#231;a faisait loin, 1 800 m&#232;tres. Alors, on a fait une r&#233;union dans ce qu'on appelait &#171; l'all&#233;e wagonni&#232;re &#187; &#8211; autrefois, il y avait un train qui amenait les pi&#232;ces l&#224;. Et c'est l&#224;, un peu en dehors de l'atelier, qu'on avait l'habitude de se r&#233;unir quand on avait des trucs &#224; se dire. On s'est r&#233;uni et on s'est dit : qu'est-ce qu'on fait ?&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;dl class='spip_document_1098 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH453/quartierlo-74dcd.png?1526422019' width='500' height='453' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;(Dessin paru dans Lutte ouvri&#232;re d'ao&#251;t 1968)
&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Il y avait quand m&#234;me une tendance &#224; la gr&#232;ve. On n'&#233;tait pas nombreux, mais avec, parmi nous, pas mal de jeunes. Alors, il y a un d&#233;l&#233;gu&#233; CGT qui vient. On lui dit : toi, qu'est-ce que tu sais ? Parce qu'on n'avait pas de t&#233;l&#233;phone, ni mobile bien s&#251;r, ni fixe ; dans les ateliers, t&#233;l&#233;phoner nous &#233;tait impossible. Pour savoir ce qui se passait, on a demand&#233; au d&#233;l&#233;gu&#233; &#171; va voir au syndicat &#187;. Il nous a dit &#171; je n'ai pas de v&#233;lo &#187;. Enfin les mecs en ont eu marre, et on est tous partis pour remonter l'&#238;le. C'&#233;tait en fin d'apr&#232;s-midi. Il y avait tellement d'ambiance, qu'&#224; nous voir d&#233;bouler en groupe, nombreux, 100 &#224; 150 ouvriers, ceux qui travaillaient en &#171; normale &#187; (l'&#233;quipe de jour &#224; cheval sur le matin et l'apr&#232;s-midi) ont pris peur et sont partis. Il faut dire qu'il y avait beaucoup d'immigr&#233;s qui n'&#233;taient l&#224; que depuis peu de temps et craignaient d'avoir des ennuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est parti comme &#231;a, sans aucun appel &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on remonte l'&#238;le, on franchit le pont qui va vers le Bas-Meudon, de l'autre c&#244;t&#233; de la Seine. Et, l&#224;, les gars se sont d&#233;brouill&#233;s. Personne ne leur a rien dit. Dans leur t&#234;te, il y avait l'id&#233;e de tenir le si&#232;ge ici. Ils sont all&#233;s chercher des containers, des grosses caisses en ferraille, o&#249; il y avait des petites pi&#232;ces dedans, c'est vachement lourd, et puis les petites pi&#232;ces &#233;taient faciles &#224; utiliser, si besoin. Ils ont align&#233; &#231;a avec un car &#224; fourche. Il y avait un copain qu'on appelait le pompier parce qu'il avait &#233;t&#233; pompier : il a commenc&#233; &#224; former les gars &#224; tenir les lances &#224; incendie, parce que tu ne tiens pas &#231;a comme un jet d'eau, il y a une pression terrible. Enfin on s'est organis&#233; comme &#231;a. On est all&#233; voir les gardiens. Ils ont compris tout de suite et sont partis. Nous nous sommes install&#233;s pour passer la nuit, en allant chercher des mousses et tout &#231;a, et la nuit s'est bien pass&#233;e. Sauf qu'au petit matin, il y en a qui sont venus nous &#171; aider &#187; (entre guillemets), nous chapeauter, plut&#244;t. C'&#233;tait des membres du PC et de la CGT, qui &#233;taient accourus parce qu'ils savaient qui &#233;tait l&#224;. Et ils venaient pour nous calmer un peu ou tout au moins pour jouer l'inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors il y avait un foyer en construction pour personnes du 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#226;ge et, sur la grue, un drapeau tricolore. Les mecs ont vu &#231;a et les plus alertes ont grimp&#233; chercher ce drapeau. Ils l'ont d&#233;chir&#233; pour garder le rouge qu'ils ont mis en drapeau sur la porte de l'usine. Au grand dam des pontes syndicaux et des responsables politiques du PC, qui ne nous reprochaient pas tant le drapeau rouge en soi que le fait d'avoir d&#233;chir&#233; le drapeau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 mai, le mouvement &#233;tait aussi parti d'autres secteurs de l'usine, bien que la CGT ait eu un langage temporisateur, expliquant qu'il fallait patienter, que le comit&#233; ex&#233;cutif devait se r&#233;unir l'apr&#232;s-midi, qu'il allait d&#233;cider de la suite &#224; donner&#8230; C'&#233;tait entre autres des jeunes du milieu des secteurs de professionnels autour de la Place nationale. Tout de suite, les jeunes qui en voulaient le plus se sont spontan&#233;ment post&#233;s aux diff&#233;rentes portes de l'usine. C'est ainsi que nous en avons vu un bon nombre arriver &#224; la porte du Bas-Meudon. Mais, apr&#232;s un court flottement, la CGT a repris les choses en main. Elle a mis le hol&#224; en disant qu'il ne fallait pas d'&#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs, qu'il fallait que ce soit une &#171; gr&#232;ve responsable &#187;. Un cort&#232;ge &#233;tudiant assez nombreux qui &#233;tait venu pour rencontrer les ouvriers de Billancourt s'est retrouv&#233; devant les grandes portes du quai Stalingrad, grilles ferm&#233;es, et des militants CGT s'&#233;taient mis sur le devant. On ne peut pas dire qu'il y ait eu fraternisation vraiment sympathique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables CGT s'&#233;taient dit : on ne peut pas laisser &#231;a. Et la CGT a appel&#233; &#224; un grand rassemblement, dans l'apr&#232;s-midi du 17 mai, sur l'esplanade, un grand hall dans l'&#238;le Seguin, proche de la porte du Bas-Meudon. Il &#233;tait tr&#232;s vaste car c'est l&#224; que les trains qui amenaient les pi&#232;ces man&#339;uvraient, et c'est l&#224; que se sont tenus toutes les AG. Les gars sont venus &#224; l'assembl&#233;e. Beaucoup &#233;taient au boulot encore ce jour-l&#224; vu que, s'il y avait des secteurs comme le n&#244;tre o&#249; il y avait quelques militants, il y en avait d'autres qui n'ont pas particip&#233; en masse. La CGT a fait voter la gr&#232;ve. Les gars ont lev&#233; la main, mais la plupart sont repartis chez eux. Les syndicats ne les incitaient pas &#224; faire autre chose : qu'ils rentrent chez eux et qu'ils viennent aux nouvelles pour les AG. Et &#231;a s'est pass&#233; toujours comme &#231;a. Il y avait presque tous les jours un meeting de toute l'usine le matin, toujours nombreux. Les gars venaient voir, &#233;taient contents que &#231;a se passe bien, tout le monde levait la main, parce qu'il y avait quand m&#234;me une sacr&#233;e ambiance. Mais on ne leur proposait rien et ils rentraient chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, une poign&#233;e de militants d'extr&#234;me gauche, avons essay&#233; d'organiser un peu les gars. Le PC et la CGT, eux, ont organis&#233; surtout une esp&#232;ce de service d'ordre. &#192; la centrale, o&#249; &#233;tait mon atelier et o&#249; &#233;taient tous les &#233;quipements centraux de l'usine (centrale &#233;lectrique, vapeur, etc.), il n'y avait jamais personne. Mais le syndicat y avait mis quelques mecs pour monter la garde, par crainte des gars qui voudraient tout casser. Au point que j'ai eu de la peine &#224; y retourner pour prendre mes affaires. Ils faisaient vraiment du z&#232;le ! Et puis, il y avait un truc : c'&#233;tait la sortie du tout nouveau mod&#232;le de Renault, la R6. Elle n'&#233;tait pas encore pr&#233;sent&#233;e au public, mais il y en avait d&#233;j&#224; un petit stock au Bas-Meudon, recouvert par des toiles. L&#224; aussi, la CGT s'est empress&#233;e de mettre une garde pour pas qu'on aille d&#233;voiler les secrets commerciaux de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre coin, nos tentatives d'organiser les gars avaient peu de poids en comparaison de celui de la CGT qui chapeautait. Ce qu'elle avait appel&#233; &#171; comit&#233; de gr&#232;ve &#187; n'&#233;tait qu'un comit&#233; intersyndical, CGT, FO et CFDT. La CGT pouvait dire : il y a les trois syndicats, vous voyez c'est d&#233;mocratique. Mais les ouvriers du rang n'avaient pas leur mot &#224; y dire.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;dl class='spip_document_1100 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH730/degaullepave-fca10.png?1526422019' width='500' height='730' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;(Dessin paru dans Lutte ouvri&#232;re d'ao&#251;t 1968)
&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;La cantine de l'usine &#233;tait, &#224; l'&#233;poque, g&#233;r&#233;e par les syndicats, en l'occurrence la CGT. Un sacr&#233; pactole financier pour le syndicat et un grand nombre de permanents. Elle a fonctionn&#233; pendant la gr&#232;ve, o&#249; l'on pouvait manger pas cher. Et ils ont organis&#233; quelques spectacles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'attitude de la CGT vis-&#224;-vis des &#233;tudiants n'avait pas plu &#224; tout le monde. Il y avait eu des engueulades, et les relations devenaient tendues entre les jeunes les plus combatifs et l'appareil militant de la CGT qui s'opposait &#224; toutes les initiatives qui ne venaient pas de lui. Au bout de quelques jours, les jeunes ont eu plut&#244;t tendance &#224; rejoindre les &#233;tudiants aux manifestations, et &#224; se bagarrer contre les flics, l&#224; o&#249; il y avait quelque chose qui se passait, plut&#244;t que de rester clo&#238;tr&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de la bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, les camarades de Voix ouvri&#232;re de l'usine, avons distribu&#233; un bulletin o&#249; nous disions qu'il fallait qu'on s'organise, qu'on prenne nos affaires en main. Je me rappelle que, lorsqu'on l'a diffus&#233;, les &#171; staliniens &#187; (militants du PC) ont essay&#233; de nous piquer nos paquets. Mais &#224; nous, en tout cas, qui &#233;tions ouvriers de l'usine, connus depuis des ann&#233;es, il leur &#233;tait difficile de nous taper dessus. Si on &#233;tait rentr&#233;s la gueule en sang &#231;a l'aurait foutu mal pour eux. Mais, parmi les copains qui &#233;taient venus nous aider &#224; diffuser, un certain nombre ont &#233;t&#233; agress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a &#233;t&#233; comme &#231;a une dizaine de jours, et puis il y a eu les accords de Grenelle, n&#233;goci&#233;s dans le week-end des 25 et 26 mai entre gouvernement et syndicats. Le salaire minimum &#233;tait port&#233; &#224; 519 F, mais encore bien en dessous des 600 F demand&#233;s depuis des ann&#233;es par les syndicats. L'augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires pour le secteur priv&#233; &#233;tait fix&#233;e &#224; 7 % plus 3 % promis pour octobre, alors que l'inflation annuelle &#233;tait de plus de 8 %. On &#233;tait loin du compte. Quant aux jours de gr&#232;ve 50 % seraient pay&#233;s &#224; condition que les ouvriers viennent travailler en plus pour les r&#233;cup&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est chez nous, &#224; Billancourt, que le lundi matin le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, Georges S&#233;guy, est venu vanter les m&#233;rites de l'accord. Il est mont&#233; sur la passerelle et nous a &#233;num&#233;r&#233; la liste des revendications satisfaites : un fourre-tout o&#249; il n'y avait pas une seule augmentation uniforme annonc&#233;e, mais une s&#233;rie de petits trucs, cat&#233;gorie par cat&#233;gorie. Personne n'arrivait &#224; s'y retrouver. Jusqu'au moment o&#249; il a dit : &lt;em&gt;&#171; le Conseil National du Patronat Fran&#231;ais a accept&#233; de payer 50 % des salaires pendant la dur&#233;e de la gr&#232;ve avec une modalit&#233; de r&#233;cup&#233;ration selon les cas&#8230; &#187;&lt;/em&gt; Alors l&#224;, &#231;a a gueul&#233;. Car tout le monde a bien compris : il fallait revenir bosser et faire plus d'heures pour rattraper la gr&#232;ve. On n'avait pas fait une gr&#232;ve aussi puissante pour &#231;a. Ce jour-l&#224;, le hall de l'&#238;le Seguin &#233;tait plein, 5 000 &#224; 10 000, je ne sais pas mais &#231;a d&#233;bordait sur le pont allant de l'entr&#233;e de l'&#238;le, &#224; l'ext&#233;rieur. Et ce n'&#233;tait pas une petite minorit&#233; qui avait hu&#233; S&#233;guy, qui avait protest&#233; qu'on se fichait de notre gueule, c'&#233;tait vraiment une grosse partie de l'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, devant les hu&#233;es, S&#233;guy a fait volte-face : il venait juste nous demander notre avis. L'avis il l'avait eu. Toute la presse a relay&#233; sa m&#233;saventure dans l'&#238;le Seguin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la gr&#232;ve a continu&#233; son cours. Comme ont suivi leur cours les perp&#233;tuelles attaques des tracts du PCF ou de la CGT contre les &#171; gauchistes-Marcellin &#187;, pr&#233;tendus suppl&#233;tifs du ministre de l'Int&#233;rieur, Raymond Marcellin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Billancourt, la gr&#232;ve a dur&#233; jusqu'au lundi 17 juin. S&#233;guy n'est pas revenu, c'est le secr&#233;taire CGT de l'usine qui a appel&#233; &#224; la reprise en pr&#233;sentant une s&#233;rie de petites concessions accord&#233;es par la direction de Renault. Avec un chantage de la direction &#224; la cl&#233; : ces concessions ne tiennent que si le travail reprend le mardi 18 juin. La CGT a organis&#233;, dans la foul&#233;e, un vote &#224; bulletins secrets pour la reprise. Les nouvelles concessions &#233;taient maigrichonnes : outre l'augmentation de 10 % des salaires annonc&#233;e (o&#249; &#233;taient compt&#233;s les 3 % qu'on avait d&#233;j&#224; eus en janvier) on avait rajout&#233; la mensualisation des &#171; horaires &#187;, c'est-&#224;-dire des ouvriers qui n'avaient pas un salaire mensuel fixe, mais &#233;taient pay&#233;s au nombre d'heures travaill&#233;es. Mais cette mensualisation n'&#233;tait en r&#233;alit&#233; que pour les &#171; horaires &#187; de plus de 55 ans seulement, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans le pays, c'&#233;tait la d&#233;crue des gr&#232;ves. En dissolvant le parlement, de Gaulle avait donn&#233; un pr&#233;texte aux directions syndicales et aux partis de gauche de sonner la fin de la r&#233;cr&#233;. Les carburants &#233;taient revenus. Des bo&#238;tes, les unes apr&#232;s les autres, reprenaient, apr&#232;s que les syndicats y avaient n&#233;goci&#233; localement de petites satisfactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Billancourt, la reprise a &#233;t&#233; vot&#233;e par 78 % des pr&#233;sents, contre 22 % pour la continuation. Mais au meeting, pr&#233;vu en fin d'apr&#232;s-midi pour annoncer les r&#233;sultats du vote, c'&#233;taient les 22 % de &#171; jusqu'au-boutistes &#187; qui &#233;taient rest&#233;s &#224; l'usine et firent entendre aux dirigeants syndicaux ce qu'ils pensaient de leur pr&#233;tendue victoire : &lt;em&gt;&#171; vendus &#187;, &#171; CGT d&#233;mission &#187;...&lt;/em&gt; Il y a eu des cartes syndicales d&#233;chir&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la gr&#232;ve, avec les sympathisants et des travailleurs qu'on avait gagn&#233;s &#224; notre point de vue, on se r&#233;unissait dans le parc de Saint-Cloud pour d&#233;battre de la situation. Des fois il y avait jusqu'&#224; 40 personnes. C'&#233;tait pour eux plus int&#233;ressant que de rester &#224; ne rien faire avec les staliniens. Et il faisait beau. De ces travailleurs-l&#224; il en est rest&#233; pour les ann&#233;es suivantes un bon petit noyau autour des camarades de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;dl class='spip_document_1099 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH461/seguy-d29b3.png?1526422019' width='500' height='461' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;(Dessin paru dans Lutte ouvri&#232;re d'ao&#251;t 1968)
&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le groupe trotskyste Voix ouvri&#232;re a &#233;t&#233; dissout par le gouvernement au lendemain de Mai 68 et s'est r&#233;organis&#233; sous le nom de Lutte ouvri&#232;re, dont la Fraction l'&#201;tincelle est issue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;FER, organisation de jeunesse de l'OCI, le groupe trotskyste anim&#233; par Pierre Lambert.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Italie 1968/69 : Du &#171; mai rampant &#187; &#224; l'&#171; automne chaud &#187;
</title>
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		<dc:date>2018-05-08T10:36:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
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		<dc:subject>Italie
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		<description>Si, contrairement &#224; la France, il n'y a pas eu de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Italie, le pays a connu une vague de luttes &#233;tudiantes et ouvri&#232;res qui a continu&#233; bien apr&#232;s 1968. Ce &#171; mai rampant &#187;, comme on l'a appel&#233;, s'est poursuivi jusqu'&#224; &#171; l'automne chaud &#187; de l'ann&#233;e suivante et ne s'est termin&#233; r&#233;ellement qu'en 1977. &lt;br /&gt;Dans l'apr&#232;s-guerre, ce qu'on nomma le &#171; miracle &#233;conomique &#187; italien avait transform&#233; le pays d'une soci&#233;t&#233; en grande partie agricole en un pays industriel moderne. Avec comme r&#233;sultat, &#224; la fin des ann&#233;es&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;a href="https://nouveaucr.convrev.lautre.net/-Mai-1968-dans-le-monde-I-En-France-et-en-Europe-" rel="directory"&gt;DOSSIER : Mai 1968 dans le monde (I - En France et en Europe)
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://nouveaucr.convrev.lautre.net/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://nouveaucr.convrev.lautre.net/+-Italie-+" rel="tag"&gt;Italie
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si, contrairement &#224; la France, il n'y a pas eu de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Italie, le pays a connu une vague de luttes &#233;tudiantes et ouvri&#232;res qui a continu&#233; bien apr&#232;s 1968. Ce &#171; mai rampant &#187;, comme on l'a appel&#233;, s'est poursuivi jusqu'&#224; &#171; l'automne chaud &#187; de l'ann&#233;e suivante et ne s'est termin&#233; r&#233;ellement qu'en 1977.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-guerre, ce qu'on nomma le &#171; miracle &#233;conomique &#187; italien avait transform&#233; le pays d'une soci&#233;t&#233; en grande partie agricole en un pays industriel moderne. Avec comme r&#233;sultat, &#224; la fin des ann&#233;es 1960, une immigration de masse de jeunes originaires du Sud venus chercher du travail dans les usines en plein expansion, comme la Fiat Mirafiori de Turin, qui atteint un effectif de 50 000 salari&#233;s, et devint le symbole de la contestation ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'afflux des nouveaux arrivants amplifia la crise du logement. Outre les conditions de travail et la pression des chefs &#224; l'usine, les jeunes ouvriers venus du Sud trouvaient &#224; se loger avec difficult&#233;, le plus souvent loin de l'entreprise, dans des foyers catholiques ou dans des taudis lou&#233;s au prix fort par des &#171; marchands de sommeil &#187;. De plus, il n'&#233;tait pas rare de voir des inscriptions :&lt;em&gt;&#171; On ne loue pas aux m&#233;ridionaux &#187;&lt;/em&gt;. Certains &#233;taient donc oblig&#233;s de passer la nuit dans la gare de Turin, allong&#233;s sur un banc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Fiat, tous ces jeunes ouvriers sans qualification travaillaient au rendement sur machines o&#249; &#224; la cha&#238;ne. Il y avait une sorte de m&#233;fiance r&#233;ciproque entre eux et les syndicats, d'ailleurs tr&#232;s faibles (la FIOM : F&#233;d&#233;ration de la M&#233;tallurgie de la CGIL &#8211; la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des travailleurs italiens &#8211; ayant subi la r&#233;pression patronale). Au d&#233;but, ils participaient peu aux d&#233;brayages et aux manifestations organis&#233;s par les conf&#233;d&#233;rations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant la col&#232;re et la r&#233;bellion de cette &#171; nouvelle classe ouvri&#232;re &#187; (pour parler comme les sociologues de l'&#233;poque) qui fut &#224; l'origine de la plus grande vague de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Du mouvement &#233;tudiant...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 29 f&#233;vrier 1968, les forces de police proc&#233;d&#232;rent avec violence &#224; l'&#233;vacuation de l'universit&#233; La Sapienza, &#224; Rome. Depuis un mois dans toute l'Italie, les &#233;tudiants &#233;taient en lutte. Dans les facult&#233;s occup&#233;es on discutait de la condition &#233;tudiante, on remettait en cause la structure autoritaire de l'&#233;cole, la fa&#231;on dont &#233;taient organis&#233;s les cours...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour protester contre cette &#233;vacuation, et contre &#171; l'&#233;cole des patrons &#187;, le mouvement &#233;tudiant appela &#224; une manifestation, le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mars, pour se rendre &#224; la facult&#233; d'architecture de Valle Giulia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de cette manifestation, il y eut de graves affrontements avec la police, une centaine de bless&#233;s et plusieurs dizaines d'arrestations. Ce que l'on appela &#171; la bataille de Valle Giulia &#187; devint un symbole de la contestation &#233;tudiante qui se poursuivit pendant l'ann&#233;e acad&#233;mique 1968-1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement donna naissance &#224; des groupes militants &#233;tudiants, dont certains activistes cherch&#232;rent &#224; entrer en contact avec la classe ouvri&#232;re. C'est ainsi, par exemple, que des militants de l'Ecole Normale Sup&#233;rieure de Pise d&#233;m&#233;nag&#232;rent &#224; Turin.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;&#8230; aux luttes ouvri&#232;res&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des gr&#232;ves, parfois tr&#232;s dures, ont eu lieu d&#232;s 1968, mais c'est surtout d'octobre 1968 &#224; fin 1969, lors de &#171; l'automne chaud &#187;, que l'Italie connut une vague de gr&#232;ves sans pr&#233;c&#233;dent, en particulier dans les grands centres industriels du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Fiat, c'est &#224; partir de mi-mai 1969 que des d&#233;brayages par atelier, organis&#233;s &#224; l'origine par les syndicats, finirent par les d&#233;border en allant au-del&#224; des revendications et des formes d'action et d'organisation traditionnelles. &#192; la moindre occasion, les arr&#234;ts de travail spontan&#233;s se multipliaient, suivis par des cort&#232;ges parcourant l'usine pour entra&#238;ner les ateliers voisins. L'arriv&#233;e de ces &#171; cort&#232;ges internes &#187; &#233;tait annonc&#233;e par les&lt;em&gt; tamburini&lt;/em&gt; (joueurs de tambour) qui ouvraient la marche en tapant sur des bidons et sur les machines, en provoquant un bruit infernal qui faisait fuir les non-gr&#233;vistes et, surtout, les petits chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, dans les entreprises, les syndicats &#233;taient repr&#233;sent&#233;s par des commissions internes charg&#233;es de faire remonter les probl&#232;mes aux patrons, les travailleurs commenc&#232;rent &#224; se r&#233;unir en assembl&#233;es et &#224; exiger d'&#234;tre repr&#233;sent&#233;s dans un Conseil d'usine par des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par atelier ou par cha&#238;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas possible de faire ici la liste de toutes les gr&#232;ves. Chez Pirelli &#224; Milan et chez Montedison &#224; Porta-Maghera, pr&#232;s de Venise, se form&#232;rent &#224; c&#244;t&#233; des syndicats officiels des Comit&#233;s unitaires de base, regroupant un nombre important de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement d&#233;borda aussi le cadre de l'usine, donnant naissance aux mouvements f&#233;ministes, aux comit&#233;s de quartiers et de locataires qui organisaient l'occupation des maisons vides, l'auto-r&#233;duction des loyers, des tarifs de l'&#233;lectricit&#233; ou des transports.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;L'&#233;chec de l'extr&#234;me-gauche&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Devant les portes de Fiat de Mirafiori se tenait r&#233;guli&#232;rement une &lt;em&gt;Assembl&#233;e ouvriers-&#233;tudiants&lt;/em&gt; &#224; laquelle participaient des jeunes travailleurs plus attir&#233;s par le discours radical des &#233;tudiants que par celui des dirigeants syndicaux. Des tracts sign&#233;s &lt;em&gt;Lotta Continua&lt;/em&gt; &#233;manant de ces assembl&#233;es &#233;taient distribu&#233;s chaque jour, faisant le point sur les actions en cours. Le nom de &lt;em&gt;Lotta Continua&lt;/em&gt; (la lutte continue) a &#233;t&#233; repris par l'une des organisations d'extr&#234;me-gauche italienne issue du mouvement de 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le patronat chercha &#224; s'opposer &#224; la cr&#233;ation des conseils d'usine, proposant d'adjoindre des &#171; experts &#187; d&#233;sign&#233;s par les travailleurs aux commissions internes existantes, il fut contraint d'accepter leur existence. Une partie de l'extr&#234;me-gauche appela &#224; boycotter l'&#233;lection &#224; ces comit&#233;s, avec le slogan &lt;em&gt;&#171; Nous sommes tous des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#187;,&lt;/em&gt; tandis que certains des travailleurs les plus en pointe dans la lutte se pr&#233;sent&#232;rent, parfois m&#234;me avec l'appui des syndicats faisant le pari de les r&#233;cup&#233;rer par la suite &#8211; dans un tract de l'automne 1969, la FIM-CISL (F&#233;d&#233;ration Italienne de la M&#233;tallurgie - Conf&#233;d&#233;ration Italienne des Syndicats Libres), cherchant &#224; doubler la FIOM sur sa gauche, n'h&#233;sitait pas &#224; d&#233;clarer : &lt;em&gt;&#171; Les gr&#232;ves par surprise, les cort&#232;ges importants, les assembl&#233;es et comit&#233;s unitaires que les ouvriers d&#233;cident librement constituent un vrai syndicalisme de base. Si tu es d'accord avec cela, viens le faire avec nous dans la FIM &#187;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me-gauche, pratiquement inexistante avant 1968 en dehors de petits groupes de quelques dizaines de militants, connut &#224; ce moment un d&#233;veloppement important et une implantation r&#233;elle dans de nombreuses entreprises. Dans le milieu des ann&#233;es 1970, elle comptait des milliers de militants et pas moins de trois quotidiens, tirant au total &#224; 70 000 exemplaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle fut incapable de r&#233;sister au reflux du mouvement. Une partie chercha un substitut dans la lutte arm&#233;e, symbolis&#233;e par les Brigades rouges ; tandis que d'autres se transform&#232;rent en r&#233;formistes bon teint, d&#233;clarant vouloir &lt;em&gt;&#171; mettre fin &#224; trente ann&#233;es de r&#233;gime d&#233;mocrate-chr&#233;tien et ouvrir la voie &#224; un gouvernement des gauches &#187;. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit un ouvrier de chez Fiat, acteur des gr&#232;ves de 1969 : &#171; Ces luttes extraordinaires ont &#233;t&#233; une continuelle d&#233;couverte de sens. Elles exprimaient l'orgueil d'&#234;tre libres... m&#234;me si aujourd'hui on voudrait en th&#233;oriser l'inutilit&#233; et nous laisser peu d'occasions d'&#234;tre orgueilleux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lina BRIGANTI et Thierry FLAMAND&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Tch&#233;coslovaquie 1968 : La contestation du r&#233;gime et la r&#233;volte contre les tanks de l'URSS stalinienne
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		<dc:subject>Monde
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		<dc:subject>Histoire
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		<dc:subject>Mai 1968
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		<description>Le 21 ao&#251;t 1968, 6 300 chars des troupes du Pacte de Varsovie &#8211; chars sovi&#233;tiques et de pays satellites &#8211; envahirent la Tch&#233;coslovaquie, mettant un terme brutal &#224; ce qu'on avait appel&#233; le &#171; Printemps de Prague &#187; : une vague de r&#233;formes r&#233;pondant &#224; une partie des aspirations de la jeunesse et des intellectuels tch&#233;coslovaques initi&#233;e en janvier 1968 par le tout nouveau secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti communiste tch&#232;que, Alexander Dub&#269;ek. Libert&#233; d'expression, autogestion, la Tch&#233;coslovaquie affirmait pr&#233;senter un&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;/a&gt;

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&lt;/a&gt;, 
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&lt;/a&gt;, 
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&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 21 ao&#251;t 1968, 6 300 chars des troupes du Pacte de Varsovie &#8211; chars sovi&#233;tiques et de pays satellites &#8211; envahirent la Tch&#233;coslovaquie, mettant un terme brutal &#224; ce qu'on avait appel&#233; le &#171; Printemps de Prague &#187; : une vague de r&#233;formes r&#233;pondant &#224; une partie des aspirations de la jeunesse et des intellectuels tch&#233;coslovaques initi&#233;e en janvier 1968 par le tout nouveau secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti communiste tch&#232;que, Alexander Dub&#269;ek. Libert&#233; d'expression, autogestion, la Tch&#233;coslovaquie affirmait pr&#233;senter un &#171; socialisme &#224; visage humain &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'invasion de la Tch&#233;coslovaquie eut un &#233;norme retentissement dans le monde, en particulier en France. Pour la premi&#232;re fois de son histoire, le Parti communiste fran&#231;ais prit ses distances avec Moscou et condamna l'invasion. Il faut dire que la France sortait &#224; peine de la plus grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qu'elle ait connue avec celle de juin 1936, gr&#232;ve brad&#233;e au profit d'&#233;lections g&#233;n&#233;rales qui, en juin, avaient consacr&#233; l'&#233;chec cuisant des partis de la gauche r&#233;formiste et r&#233;v&#233;l&#233; aux yeux de beaucoup l'impasse de leur &#233;lectoralisme. L'intervention des chars russes pour &#233;craser un vent de libert&#233; a d'embl&#233;e suscit&#233; l'indignation d'une jeunesse ouvri&#232;re politis&#233;e et privait les militants du PC d'un de leurs arguments favoris sur l'&#171; exemple &#187; sovi&#233;tique : pour beaucoup, il n'y avait gu&#232;re de diff&#233;rence entre les &#201;tats-Unis &#233;crasant le peuple vietnamien et l'URSS &#233;crasant la libert&#233; sous les chenilles de leurs chars en Tch&#233;coslovaquie. Les deux &#171; superpuissances &#187; &#233;taient confondues dans un m&#234;me opprobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Deuxi&#232;me Guerre mondiale permit &#224; Staline et &#224; la bureaucratie sovi&#233;tique d'&#233;tendre leur domination &#224; certains &#201;tats d'Europe de l'Est : un butin de guerre et non le r&#233;sultat d'une r&#233;volution. Les ouvriers d'Europe de l'Est se sont soulev&#233;s &#224; plusieurs reprises durant les ann&#233;es 1950 : en Allemagne de l'Est en 1953, en Pologne et en Hongrie en 1956. Dans le cas de la Hongrie, la r&#233;pression &#233;choua dans un premier temps. La r&#233;volte se mua en r&#233;volution, le gouvernement s'effondra et les conseils ouvriers nouvellement form&#233;s prirent le pouvoir dans plusieurs villes. L'arm&#233;e sovi&#233;tique envahit la Hongrie et &#233;crasa la r&#233;volution avec une brutalit&#233; extr&#234;me, causant des milliers de morts et 200 000 r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Le printemps de Prague&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es 1960, l'industrie tch&#233;coslovaque avait pris du retard par rapport &#224; celle de ses concurrents. Les exportations vers l'URSS avaient chut&#233; et la Tch&#233;coslovaquie plongeait dans la crise &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1967, quelques &#233;crivains r&#233;put&#233;s et des &#233;tudiants exprim&#232;rent leurs griefs contre le r&#233;gime, qui ne tarda pas &#224; s'occuper d'eux. Le syndicat des &#233;crivains fut dissous, les &#233;tudiants furent r&#233;prim&#233;s. Cependant, peu apr&#232;s, le soul&#232;vement de masse qui couvait &#233;clata, suite &#224; un &#233;v&#233;nement mineur. Le premier secr&#233;taire du Parti communiste, le conservateur Anton&#237;n Novotn&#253;, avait &#233;t&#233; remplac&#233; par Alexander Dub&#269;ek. Bien qu'ouvertement loyal &#224; l'URSS, Dub&#269;ek repr&#233;sentait l'aile du PC qui plaidait pour des r&#233;formes. S'accrochant au pouvoir, Novotn&#253; tenta un coup d'&#201;tat, qui &#233;choua. Puis il envoya ses alli&#233;s faire de l'agitation dans les usines en sa faveur. L'aile &#171; r&#233;formiste &#187; derri&#232;re Dub&#269;ek r&#233;agit en faisant de l'agitation parmi les ouvriers, mais aussi parmi les &#233;crivains et les journalistes, qui saisirent l'opportunit&#233; de mettre en lumi&#232;re la corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e du gouvernement Novotn&#253;. Suite aux r&#233;v&#233;lations, de nombreux politiciens durent d&#233;missionner, voire se suicid&#232;rent. Les &#171; r&#233;formistes &#187; du Parti communiste furent pris par surprise par cette vague de contestation massive. Les journaux et les films du monde entier devinrent soudainement accessibles, on jouait des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre ouvertement contestataires : ce fut le Printemps de Prague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'URSS mit en demeure Dub&#269;ek de maintenir l'ordre et les chars sovi&#233;tiques entr&#232;rent dans le pays sous pr&#233;texte de man&#339;uvres de routine. Dub&#269;ek appela le peuple &#224; la retenue dans la mise en &#339;uvre des r&#233;formes mais il &#233;tait trop tard pour contenir le mouvement. La censure s'effondra. Dans les usines, les ouvriers commenc&#232;rent &#224; chasser les dirigeants officiels des syndicats et &#224; faire valoir leurs propres revendications, telles que l'&#233;lection d&#233;mocratique des directeurs d'usine par des conseils ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;20 ao&#251;t 1968 : les chars sovi&#233;tiques
envahissent les villes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quand les dirigeants de Moscou constat&#232;rent l'&#233;chec de Dub&#269;ek, ils d&#233;cid&#232;rent d'intervenir directement. Le 20 ao&#251;t 1968, les chars sovi&#233;tiques envahirent les principales villes tch&#233;coslovaques. Dub&#269;ek et ses principaux alli&#233;s furent arr&#234;t&#233;s et envoy&#233;s &#224; Moscou pour y &#234;tre sanctionn&#233;s. La petite arm&#233;e tch&#233;coslovaque &#233;tait impuissante face aux chars sovi&#233;tiques et ne tenta m&#234;me pas de contre-attaquer. N&#233;anmoins, il y eut une r&#233;sistance non violente massive, entre autres d'&#233;normes manifestations &#224; Prague. Des manifestants tentaient de faire barrage aux tanks, souvent avec leur propre corps, et s'adressaient aux soldats. Ils sabot&#232;rent le chemin de fer et les stations de t&#233;l&#233;communications, modifi&#232;rent les panneaux de signalisation pour que les militaires sovi&#233;tiques se perdent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;La &#171; normalisation &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'invasion n'a dur&#233; que quelques jours, il fallut plus d'un an &#224; l'URSS pour r&#233;tablir la censure et juguler le mouvement. Dub&#269;ek fut renvoy&#233; en Tch&#233;coslovaquie pour annoncer le d&#233;but d'une p&#233;riode de &#171; normalisation &#187;, durant laquelle l'URSS accr&#251;t son emprise sur l'&#201;tat. La pr&#233;tendue normalisation suscita une indignation accrue chez les &#233;tudiants et les journalistes qui continu&#232;rent de d&#233;noncer l'invasion. Juste avant d'&#234;tre interdit, le magazine &lt;em&gt;l'&#201;tudiant &lt;/em&gt;d&#233;non&#231;ait le gouvernement &lt;em&gt;&#171; pour sa trahison du r&#244;le historique assign&#233; &#224; ce pays : &#233;branler la structure inhumaine du stalinisme et trouver une forme humaine &#224; l'ordre socialiste &#187;&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Les comit&#233;s ouvriers
contre la &#171; normalisation &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le militantisme parmi les ouvriers prit aussi de l'ampleur en r&#233;ponse &#224; la politique de normalisation. La constitution de comit&#233;s d'usines &#233;lus directement par les travailleurs au scrutin secret, d&#233;cid&#233;e avant l'invasion, non seulement ne prit pas fin, mais, alors que le gouvernement appelait prudemment &#224; cesser l'exp&#233;rience &#171; autogestionnaire &#187;, elle s'amplifia &#224; travers tout le pays : en janvier 1969, les conseils &#233;lus, repr&#233;sentant pr&#232;s de 900 000 travailleurs, se r&#233;unirent aux usines Skoda de Plze&#328; (Pilsen). Ce n'est que fin 1969 que le pouvoir &#171; normalis&#233; &#187; y mit un terme mais avec, tout de m&#234;me, des circonlocutions de langage : &lt;em&gt;&#171; L'autogestion et ses lourdes responsabilit&#233;s prendraient trop de temps aux travailleurs, et trop d'&#233;nergie intellectuelle, les privant ainsi des loisirs dont ils ont besoin &#187;&lt;/em&gt; affirma le Comit&#233; central du Parti communiste &#171; normalis&#233; &#187; fin 1969.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Les purges&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la contestation, la normalisation se poursuivit peu &#224; peu. Dub&#269;ek commen&#231;a &#224; purger la direction du PC de ses &#233;l&#233;ments &#171; r&#233;formistes &#187; les plus actifs, avant d'&#234;tre lui-m&#234;me contraint de d&#233;missionner. La t&#234;te des syndicats, dont la position et l'autorit&#233; avaient &#233;t&#233; menac&#233;es par les travailleurs, collabora avec l'&#201;tat et purgea les syndicats de leurs dissidents, qui se comptaient par dizaines de milliers. Des enseignants et des journalistes pro-r&#233;formes furent licenci&#233;s et les militants emprisonn&#233;s. Symbole de la rage impuissante de la population, de sa r&#233;volte face &#224; l'invasion sovi&#233;tique, un jeune &#233;tudiant de 20 ans, Jan Palach, s'immola par le feu sur la place Venceslas, &#224; Prague. Vingt ans plus tard, la comm&#233;moration de son geste par les opposants tch&#232;ques fut encore r&#233;prim&#233;e... mais pr&#233;c&#233;da de peu la chute du r&#233;gime pr&#233;tendument socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re vague de protestation de masse, en ao&#251;t 1969, &#224; l'occasion de l'anniversaire de l'invasion sovi&#233;tique, des centaines de milliers de personnes manifestent. Cette fois-ci, Moscou n'eut pas &#224; intervenir car l'arm&#233;e tch&#233;coslovaque se chargea elle-m&#234;me de la r&#233;pression, utilisant un r&#233;giment de tanks contre la population. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ken BUTLER&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> 68, un tournant en Allemagne aussi, y compris vers la classe ouvri&#232;re
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		<link>https://nouveaucr.convrev.lautre.net/68-un-tournant-en-Allemagne-aussi-y-compris-vers-la-classe-ouvriere</link>
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		<dc:subject>Monde
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		<dc:subject>Allemagne
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		<dc:subject>Mai 1968
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		<description>Pour les bien-pensants d'Allemagne, 68 reste une &#233;poque excessive, voire sauvage, o&#249;, dans des combats de rue, des &#233;tudiants aux cheveux longs et sous l'emprise de drogues ont provoqu&#233; la police d'un &#201;tat dit &#171; de droit &#187;. Sans parler de leurs pr&#233;tendues orgies d'amour libre, de culture hippie et Beat Music... agr&#233;ment&#233;es de philosophie de figures de l'&#201;cole de Francfort, puisant au marxisme et &#224; la psychanalyse : Theodor Adorno, Max Horkheimer, Herbert Marcuse entre autres, &#226;g&#233;s alors de 65, 72 et 70 ans.&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;/a&gt;

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&lt;/a&gt;, 
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&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour les bien-pensants d'Allemagne, 68 reste une &#233;poque excessive, voire sauvage, o&#249;, dans des combats de rue, des &#233;tudiants aux cheveux longs et sous l'emprise de drogues ont provoqu&#233; la police d'un &#201;tat dit &#171; de droit &#187;. Sans parler de leurs pr&#233;tendues orgies d'amour libre, de culture hippie et Beat Music... agr&#233;ment&#233;es de philosophie de figures de l'&#201;cole de Francfort, puisant au marxisme et &#224; la psychanalyse : Theodor Adorno, Max Horkheimer, Herbert Marcuse entre autres, &#226;g&#233;s alors de 65, 72 et 70 ans. Comme quoi ce n'est pas seulement aujourd'hui, avec les Jeremy Corbyn ou Bernie Sanders que la jeunesse se trouve des idoles d'un certain &#226;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais les ann&#233;es 1967-68 outre-Rhin n'ont pas seulement effray&#233; le bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Etudiants, travailleurs...
en Allemagne aussi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au tournant des ann&#233;es 1960 et 1970, le pays a connu une renaissance ouvri&#232;re et un rapprochement entre la jeunesse estudiantine et le mouvement ouvrier. D'abord, &#224; l'occasion d'un combat men&#233; en commun, en 1967-1968, par l'organisation politique phare du mouvement &#233;tudiant, le SDS&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='SDS, ou Sozialistische Deutsche Studentenbund (Union socialiste allemande (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, et une partie de l'appareil syndical de la DGB&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Deutscher Gewerkschaftsbund (Conf&#233;d&#233;ration allemande des syndicats), la plus (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Depuis 1966, les sociaux-d&#233;mocrates &#233;taient revenus au pouvoir dans une &#171; grande coalition &#187; avec la droite conservatrice, et, face &#224; une certaine agitation sociale&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Il s'agissait aussi de satisfaire les forces d'occupation (am&#233;ricaines, (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, voulaient faire passer une Loi d'urgence (Notstandsgesetze) r&#233;formant la Constitution allemande (Loi fondamentale) dans le sens d'un durcissement de son caract&#232;re r&#233;pressif. La mobilisation commune a vu d&#233;filer dans les rues des dizaines de milliers de manifestants, syndicalistes et jeunes regroup&#233;s autour du SDS et d'une APO.&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='appendix' title='APO, ou Ausserparlamentarische Opposition (Opposition extra-parlementaire), (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau souffle &#171; de classe &#187; se fait sentir, et des points de rencontres naissent, in&#233;dits jusque-l&#224;, entre &#233;tudiants et travailleurs ; des comit&#233;s contre la promulgation de cette loi d'urgence, initi&#233;s par le SDS et des structures syndicales, auxquels l'appareil central de la DGB met vite le hol&#224;. D&#232;s cette &#233;poque, dans le mouvement &#233;tudiant, il est explicitement question d'un &#171; tournant ouvrier &#187;. Il va trouver une prolongation dans les ann&#233;es suivantes avec l'engagement d'une partie d'ex-lyc&#233;ens et &#233;tudiants, &#224; la fois pour les id&#233;es r&#233;volutionnaires communistes (certes plut&#244;t mao&#239;stes que trotskystes) et pour le combat de classe sur le terrain ouvrier. Une g&#233;n&#233;ration r&#233;volutionnaire s'&#171; &#233;tablit &#187; alors dans de grandes entreprises o&#249; certains sont rest&#233;s et ont milit&#233; ensuite toute leur vie. Certes, dans la grande majorit&#233; des cas, davantage en syndicalistes combatifs qu'en militants r&#233;volutionnaires, les courants r&#233;volutionnaires mao&#239;stes auxquels ils avaient adh&#233;r&#233; ayant vite p&#233;riclit&#233;. &#192; noter que le reflux de la vague r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 1967-68 et les difficult&#233;s du militantisme ont d&#233;sesp&#233;r&#233; certains au point de les faire basculer dans le terrorisme de la Fraction arm&#233;e rouge (RAF, &lt;em&gt;Rote Armee Fraktion&lt;/em&gt;, d'Andreas Baader et Ulrike Meinhof). Qui a aussi fortement marqu&#233; l'&#233;poque jusqu'aux ann&#233;es 1972-1974.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;L'Allemagne des ann&#233;es 1960 ?
Il n'y en a pas une mais deux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est un pays marqu&#233; par cette coupure qui lui a &#233;t&#233; impos&#233;e par les puissances sorties victorieuses de la guerre contre Hitler : les imp&#233;rialismes occidentaux (USA, Grande-Bretagne et France) d'un c&#244;t&#233;, l'URSS de Staline de l'autre. D'abord un partage de zones au lendemain de la guerre, puis une cassure entre une RFA &#224; l'Ouest, une RDA &#224; l'Est avec le tournant de la guerre froide en 1947-1949. Les deux Allemagnes sont s&#233;par&#233;es par une fronti&#232;re &#233;tanche. L'ex-capitale, Berlin, &#238;lot perdu en Allemagne de l'Est, est elle-m&#234;me partag&#233;e en deux par un mur &#233;rig&#233; en 1961. Le 68 allemand se passe int&#233;gralement &#224; l'ouest, mais, &#224; sa fa&#231;on, est un rejet de cet ordre impos&#233; par les vainqueurs. Des deux c&#244;t&#233;s du mur, pour cette jeunesse, et m&#234;me si les id&#233;es restent confuses, c'est mensonges et hypocrisies.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Contre les planqu&#233;s du nazisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie oblige, les puissances occidentales s'&#233;taient fait fort de &#171; d&#233;nazifier &#187; le pays. Quelques grands responsables du troisi&#232;me Reich furent condamn&#233;s pour l'exemple au proc&#232;s de Nuremberg (1945-1946). Mais les appareils &#233;conomique et &#233;tatique (qu'il fallait bien utiliser pour maintenir l'exploitation et l'ordre capitaliste dans la p&#233;riode troubl&#233;e de l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre), l'administration, la justice, la police, restent truff&#233;s d'anciens nazis. Pas seulement le chancelier de droite en place en 1968, Kurt Georg Kiesinger, mais toute une palette de personnalit&#233;s de premier plan, qui tentaient de se faire oublier, voire masquaient litt&#233;ralement leur pass&#233;. Bien des &#171; bonnes familles &#187; en comptaient, comme la France d&#233;bordait d'ex-p&#233;tainistes ! Une partie de la jeunesse allemande se sentait des comptes &#224; r&#233;gler, parfois des comptes familiaux, surtout que les proc&#232;s Eichmann &#224; J&#233;rusalem en 1961/62, le proc&#232;s Auschwitz &#224; Francfort en 1964/65, avaient relanc&#233; ce scandale d'anciens nazis s'&#233;tant refait une fortune et une honorabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Ni l'Ouest ni l'Est,
l'id&#233;al tiers-mondiste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse estudiantine allemande, comme celle de bien des pays du monde et tout particuli&#232;rement des &#201;tats-Unis avec laquelle elle avait des liens privil&#233;gi&#233;s, s'est donc dress&#233;e contre le pass&#233; nazi encore vivant, mais aussi contre l'imp&#233;rialisme qui bombardait le Vietnam (un petit peuple lui r&#233;sistant pourtant), contre le pr&#233;tendu &#171; miracle allemand &#187; arrach&#233; par la surexploitation forcen&#233;e de la classe ouvri&#232;re et pour le seul int&#233;r&#234;t des exploiteurs, contre les m&#339;urs et la morale bourgeoises, enfin contre ce bloc dit communiste de l'Est, sous la botte stalinienne, qui n'&#233;tait qu'une caricature de socialisme et communisme. Mais, comme une partie de la jeunesse de l'&#233;poque, celle d'Allemagne s'&#233;tait donn&#233; pour h&#233;ros Che Guevara et Castro, Ho Chi Minh et Mao, le tiers-mondisme plut&#244;t que la r&#233;volution prol&#233;tarienne... qui avait &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Les grandes dates d'une mobilisation &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1962 &#224; Munich :&lt;/strong&gt; bataille de rue, de quatre jours, entre la police et pr&#232;s de 4 000 jeunes, apr&#232;s que la police eut arr&#234;t&#233; cinq musiciens pour avoir jou&#233; de la musique apr&#232;s 22 heures le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1965 :&lt;/strong&gt; important mouvement lyc&#233;ens et &#233;tudiants contre les mauvaises conditions dans les &#233;tablissements scolaires. 200 000 &#233;tudiants de divers &#226;ges participent &#224; des manifestations dans 30 villes diff&#233;rentes. &#192; noter que les universit&#233;s connaissent un afflux dans la p&#233;riode : 330 000 &#233;tudiants en 1964 mais plus d'un million dix ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juin 1967 :&lt;/strong&gt; visite officielle &#224; Berlin Ouest du Shah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi, &#224; la fois dictateur brutal contre les opposants &#224; son r&#233;gime et vassal de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Une partie de la gauche iranienne est en exil &#224; Berlin &#224; l'&#233;poque et, en marge d'une manifestation contre la venue du Shah, dont une confrontation violente avec les forces de la s&#233;curit&#233; allemandes et iraniennes, un &#233;tudiant allemand, Benno Ohnesorg, est tu&#233; par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En f&#233;vrier 1968 :&lt;/strong&gt; pour protester contre la guerre du Vietnam qui secoue la jeunesse estudiantine du monde, &#224; commencer par celle des &#201;tats-Unis, une conf&#233;rence internationale se tient &#224; l'universit&#233; technique de Berlin. 6 000 participants et, dans la foul&#233;e, une marche dans la ville rassemblant 12 000 personnes. Un point culminant de la mobilisation contre la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 11 avril 1968 :&lt;/strong&gt; Rudi Dutschke, un des leaders &#233;tudiants&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Rudi Dutschke &#233;tait, avec Hans-J&#252;rgen Krahl, un des principaux dirigeants du (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, est tr&#232;s gri&#232;vement bless&#233; par un militant d'extr&#234;me droite. Le mouvement &#233;tudiant en rend responsable le journal &lt;em&gt;Bild&lt;/em&gt;. Il s'en suit des combats de rues. &#192; Berlin des &#233;tudiants attaquent et incendient des camions transportant le quotidien, tandis qu'&#224; Hambourg et Munich des &#233;tudiants mettent &#224; sac les bureaux de la r&#233;daction du journal. Depuis des mois, les &#233;tudiants radicalis&#233;s se mobilisaient contre ce quotidien racoleur, anti-communiste, macho... bien que tr&#232;s populaire. Il symbolisait &#224; leurs yeux toutes les tares de la soci&#233;t&#233; de consommation. En retour, le magnat de la presse Axel Springer, d&#233;tenteur du titre &lt;em&gt;Bild&lt;/em&gt; (dont la tour coll&#233;e au mur de Berlin narguait de sa hauteur Berlin Est), incitait &#224; la haine contre les mobilisations &#233;tudiantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En mai 68 :&lt;/strong&gt; pour protester contre la Loi d'urgence dont nous avons parl&#233; plus haut, plus de 60 000 personnes manifestent &#224; Bonn, capitale de la RFA. La loi n'est pas abrog&#233;e comme le voulaient les manifestants, mais &#171; adoucie &#187; comme l'acceptent les chefs syndicaux qui appellent &#224; d&#233;poser les armes. Mais cette mobilisation est &#224; mettre &#224; l'actif d'une partie du mouvement &#233;tudiant, de sa volont&#233; de tisser des liens avec une classe ouvri&#232;re dont la combativit&#233; avait retrouv&#233; des couleurs les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Elle allait s'exprimer par des gr&#232;ves sauvages retentissantes entre 1969 et 1973, engag&#233;es par des travailleurs &#224; la cha&#238;ne souvent d'origine immigr&#233;e. Le pendant des &#171; gr&#232;ves d'OS &#187; en France, dans ces m&#234;mes ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 4 novembre 1968,&lt;/strong&gt; dernier &#233;pisode marquant : des manifestations de soutien &#224; un avocat de gauche populaire, Horst Mahler, ont lieu &#224; Berlin. Le jour de son proc&#232;s, un millier d'&#233;tudiants, de jeunes ouvriers et de musiciens se rassemblent pour protester. Vifs incidents avec la police : 122 bless&#233;s dans ses rangs, 22 du c&#244;t&#233; des manifestants. L'&#233;v&#233;nement est rest&#233; dans les m&#233;moires sous le nom de &lt;em&gt;Schlacht am Tegeler Weg&lt;/em&gt; (Combat de la rue de Tegel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;v&#233;nement marqua un tournant. Le SDS commen&#231;a &#224; se fracturer. Il avait cristallis&#233; la r&#233;volte &#224; un moment pr&#233;cis, mais ses participants allaient passer &#224; autre chose, &#224; d'autres engagements politiques. Certains ont rejoint la mouvance r&#233;formiste social-d&#233;mocrate ou stalinienne, mais d'autres, par centaines, ont choisi l'engagement r&#233;volutionnaire, en partie aux c&#244;t&#233;s de la classe ouvri&#232;re si ce n'est dans ses rangs. Par la voie du mao&#239;sme, dominante en Allemagne. Mais c'est une autre et nouvelle histoire que nous avons &#233;voqu&#233;e plus haut. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hans BERG&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;SDS, ou Sozialistische Deutsche Studentenbund (Union socialiste allemande des &#233;tudiants), &#233;tait l'organisation &#233;tudiante du SPD, fond&#233;e en 1946, mais qui en fut exclue en 1961 pour son radicalisme, en particulier son d&#233;saccord avec le choix du SPD, au congr&#232;s extraordinaire de Bad-Godesberg en 1959, d'abandonner m&#234;me la r&#233;f&#233;rence au marxisme. En 1968, le SDS a rassembl&#233; environ 2500 membres appartenant &#224; la jeunesse radicalis&#233;e, et &#233;clata deux ans apr&#232;s, ses membres rejoignant les groupes mao&#239;stes, trotskystes ou anarchistes nouvellement issus de la mobilisation de ces ann&#233;es-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Deutscher Gewerkschaftsbund (Conf&#233;d&#233;ration allemande des syndicats), la plus grosse, de loin, des conf&#233;d&#233;rations syndicales du pays, sous le toit de laquelle se trouvent entre autres l'IG Metall (m&#233;tallurgie), Ver.di (services publics).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agissait aussi de satisfaire les forces d'occupation (am&#233;ricaines, anglaises et fran&#231;aises &#224; l'ouest), pr&#234;tes &#224; abandonner leur tutelle en &#233;change d'une nouvelle restriction des libert&#233;s fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;APO, ou Ausserparlamentarische Opposition (Opposition extra-parlementaire), essentiellement anim&#233;e par le SDS, pour l'action directe, de rue, contre les jeux politiciens et institutionnels des grands partis politiques, SPD et CDU/CSU &#233;tant &#224; l'&#233;poque, depuis 1966, larrons en foire dans une &#171; grande coalition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rudi Dutschke &#233;tait, avec Hans-J&#252;rgen Krahl, un des principaux dirigeants du SDS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Mai 68 en France
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		<dc:subject>Politique
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		<description>En France, le Mai 68 &#233;tudiant, en fait, a commenc&#233; deux mois auparavant, fin mars. C'&#233;tait &#224; Nanterre, dans un tout nouveau campus universitaire. Ce campus assez sinistre avait &#233;t&#233; construit quatre ans auparavant au sein d'un no man's land, &#224; c&#244;t&#233; d'un bidonville d'ouvriers alg&#233;riens. Mais l'agitation de d&#233;part &#233;tait bien plus politique que la seule bataille, souvent retenue par la petite histoire de 1968, pour que les &#233;tudiantes de la cit&#233; universitaire puissent recevoir leurs copains dans les b&#226;timents&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;a href="https://nouveaucr.convrev.lautre.net/-Mai-1968-dans-le-monde-I-En-France-et-en-Europe-" rel="directory"&gt;DOSSIER : Mai 1968 dans le monde (I - En France et en Europe)
&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://nouveaucr.convrev.lautre.net/+-Politique-71-+" rel="tag"&gt;Politique
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En France, le Mai 68 &#233;tudiant, en fait, a commenc&#233; deux mois auparavant, fin mars. C'&#233;tait &#224; Nanterre, dans un tout nouveau campus universitaire. Ce campus assez sinistre avait &#233;t&#233; construit quatre ans auparavant au sein d'un &lt;em&gt;no man's land&lt;/em&gt;, &#224; c&#244;t&#233; d'un bidonville d'ouvriers alg&#233;riens. Mais l'agitation de d&#233;part &#233;tait bien plus politique que la seule bataille, souvent retenue par la petite histoire de 1968, pour que les &#233;tudiantes de la cit&#233; universitaire puissent recevoir leurs copains dans les b&#226;timents r&#233;serv&#233;s aux filles. M&#234;me si elle illustre aussi une r&#233;volte contre la pesanteur morale de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qui a marqu&#233; les ann&#233;es 1960 et la r&#233;volte de 1968, c'est surtout qu'une partie des &#233;tudiants, organis&#233;s dans ce qu'on appelait &#224; l'&#233;poque les &#171; groupuscules &#187; d'extr&#234;me gauche (trotskystes, anarchistes ou mao&#239;stes), s'&#233;taient &#233;veill&#233;s &#224; la politique avec les protestations contre la guerre d'Alg&#233;rie, puis contre la guerre am&#233;ricaine au Vietnam. Le 20 mars 1968, lors d'une manifestation contre cette guerre, six manifestants avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, suite &#224; quelques pav&#233;s lanc&#233;s contre les vitrines du si&#232;ge de l'American Express, place de l'Op&#233;ra &#224; Paris. Le 22 mars, pour protester, les &#233;tudiants organisaient un meeting &#224; Nanterre et occupaient la tour administrative de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_1093 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH392/cohnbendit-b5656.png?1526422020' width='500' height='392' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Les pr&#233;misses ouvri&#232;res&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la l&#233;gende, aussi, Mai 68 en France n'avait pas pour seule origine la contestation &#233;tudiante, qui aurait &#233;t&#233; &#171; l'&#201;tincelle &#187; ayant entra&#238;n&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ouvri&#232;re. Les braises ouvri&#232;res (et quelles braises !), pr&#234;tes &#224; s'enflammer, avaient pr&#233;c&#233;d&#233; l'effervescence &#233;tudiante parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;, depuis la gr&#232;ve des mineurs de l'hiver 1963, bravant un ordre de r&#233;quisition d&#233;cr&#233;t&#233; par de Gaulle. En 1967, la France avait connu une intense agitation sociale. En f&#233;vrier, &#224; Bordeaux, les ouvriers des ateliers de Dassault occup&#232;rent l'usine. M&#234;me chose dans les usines textiles de Rhodiaceta de Besan&#231;on puis de V&#233;nissieux dans la banlieue de Lyon. &#192; chaque fois, les d&#233;fil&#233;s ouvriers (auxquels se joignirent souvent les &#233;tudiants) s'affront&#232;rent &#224; la police. Les jeunes ouvriers &#233;taient aux premiers rangs, des cailloux plein les poches pour riposter aux grenades lacrymog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il n'y eut pas que les ouvriers. En Normandie et en Bretagne, les petits paysans entr&#232;rent en r&#233;bellion. En octobre 1967, 20 000 paysans d&#233;filaient dans les rues de Quimper. Des dizaines de bless&#233;s chez les manifestants comme chez les policiers. M&#234;me chose au Mans, &#224; 300 kilom&#232;tres de l&#224;, o&#249; 6 000 paysans attaqu&#232;rent la pr&#233;fecture. Puis les ouvriers de la r&#233;gion prirent le relais. Et, l&#224; aussi, les &#233;tudiants se joignirent bien souvent aux ouvriers et aux paysans. Tant et si bien que le pr&#233;fet de la r&#233;gion de l'&#233;poque fit un rapport au ministre de l'Int&#233;rieur en expliquant que, selon lui, il s'agissait de la &#171; r&#233;p&#233;tition du Grand soir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1968, &#224; Caen, dans une grosse usine de camions (la Saviem, un sous-traitant de Renault), les ouvriers se mirent en gr&#232;ve pour l'augmentation de leurs salaires et la gr&#232;ve s'&#233;tendit aux autres usines de la ville. Des affrontements suivirent entre la police et les ouvriers, auxquels se joignirent les &#233;tudiants. Cela dura tout le mois de janvier. Une sorte de r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale du Mai 68 dans toute la France. Et ce furent les jeunes ouvriers de province qui donn&#232;rent le coup d'envoi.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Mai 68 : des barricades &#233;tudiantes &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; entre &#233;tudiants et ouvriers n'&#233;tait donc pas une nouveaut&#233;. C'est dans ce climat de profond m&#233;contentement ouvrier que la r&#233;volte &#233;tudiante a pu jouer le r&#244;le de d&#233;clencheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 mai, les autorit&#233;s universitaires fermaient la facult&#233; de Nanterre, dont les &#233;tudiants partirent rejoindre ceux de la Sorbonne occup&#233;e &#224; son tour &#224; la suite d'un grand meeting dans la cour, le vendredi 3 mai. Le gouvernement y envoya la police pour les expulser et fit arr&#234;ter plus de 500 personnes. En riposte, 2 000 jeunes envahirent les rues du Quartier latin et affront&#232;rent la police, avec le slogan &lt;em&gt;&#171; Lib&#233;rez nos camarades ! &#187;.&lt;/em&gt; Puis les lyc&#233;ens se joignirent aux manifestations. M&#234;mes affrontements de rue le 6 mai. La contestation &#233;tudiante s'amplifia avec ce qu'on a appel&#233; &lt;em&gt;&#171; la nuit des barricades &#187;&lt;/em&gt; des 10 et 11 mai dans un Quartier latin quadrill&#233; par la police. Au petit matin, 400 arrestations. La population s'indignait de la r&#233;pression. Chez les ouvriers, on saluait les &#233;tudiants qui avaient eu le culot et le courage de tenir t&#234;te aux forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion populaire se rangeait du c&#244;t&#233; des &#233;tudiants. Du coup, les syndicats enseignants et ouvriers (CGT, CFDT, FO) se sentirent oblig&#233;s, aux c&#244;t&#233;s de l'UNEF (le principal syndicat &#233;tudiant), d'appeler &#224; une manifestation de protestation contre la r&#233;pression pour le lundi 13 mai. &#192; la surprise g&#233;n&#233;rale, une foule immense envahit les rues de Paris (environ 500 000 personnes). Grandes manifestations &#233;galement dans les diff&#233;rentes villes du pays. Parmi les slogans les plus repris : &lt;em&gt;&#171; Dix ans, &#231;a suffit ! &#187;&lt;/em&gt; (de Gaulle &#233;tait au pouvoir depuis 1958). Pour le syndicat CGT, qui s'&#233;tait d&#233;solidaris&#233; jusque-l&#224; des &#171; gauchistes &#187;, ce devait &#234;tre une journ&#233;e de gr&#232;ve symbolique mettant un terme aux &#171; affrontements &#187;, un simple baroud d'honneur. L'histoire ouvri&#232;re en a d&#233;cid&#233; autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_1094 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH278/commemoration68-e4b85.png?1526422020' width='500' height='278' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Les gr&#232;ves se g&#233;n&#233;ralisent en quelques jours &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, mardi 14 mai, les ouvriers de Sud-Aviation, pr&#232;s de Nantes, se mirent en gr&#232;ve et occup&#232;rent l'usine, &#224; l'initiative d'un militant trotskyste (de l'Organisation communiste internationaliste, dirig&#233;e par Pierre Lambert) en constituant un comit&#233; de gr&#232;ve malgr&#233; l'opposition des militants de la CGT. La gr&#232;ve s'&#233;tendit rapidement aux usines de Renault Cl&#233;on puis, de proche en proche, &#224; partir de la base, &#224; tout le pays. Cette gr&#232;ve devenue g&#233;n&#233;rale (7 &#224; 10 millions de gr&#233;vistes), allait durer un mois.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;La politique du Parti communiste et du syndicat CGT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste fran&#231;ais, qui faisait encore plus de 20 % des voix aux &#233;lections (22,5 % aux l&#233;gislatives de 1967) et contr&#244;lait, par le biais d'une CGT tr&#232;s largement majoritaire, l'ensemble du mouvement ouvrier organis&#233;, s'&#233;tait vu totalement d&#233;bord&#233; lors de la contestation &#233;tudiante. Il faut dire qu'il n'avait pas cess&#233; de d&#233;noncer les &#233;tudiants &lt;em&gt;&#171; gauchistes &#187;,&lt;/em&gt; les traitant &lt;em&gt;&#171; d'enfants de la bourgeoisie &#187;,&lt;/em&gt; de &lt;em&gt;&#171; fils &#224; papa &#187; &lt;/em&gt;. Le 3 mai encore, dans un article de &lt;em&gt;l'Humanit&#233; &lt;/em&gt;intitul&#233; &lt;em&gt;&#171; De faux r&#233;volutionnaires &#224; d&#233;masquer &#187;&lt;/em&gt;, le futur secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PCF, Georges Marchais, alors secr&#233;taire &#224; l'organisation, qualifiait le leader &#233;tudiant de Nanterre Cohn Bendit d'&lt;em&gt;&#171; anarchiste allemand &#187;&lt;/em&gt;, en m&#234;me temps que l'hebdomadaire d'extr&#234;me droite &lt;em&gt;Minute&lt;/em&gt; &#233;ructait : &lt;em&gt;&#171; Ce Cohn-Bendit, parce qu'il est juif et allemand, se prend pour un nouveau Karl Marx &#187;.&lt;/em&gt; Ce qui fit &#233;merger le slogan des manifestants &#233;tudiants durant tout le mois de mai : &#171; &lt;em&gt;Nous sommes tous des juifs allemands &#187; &lt;/em&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voyant les gr&#232;ves se g&#233;n&#233;raliser au lendemain du 13 mai, le Parti communiste et la CGT ont eu tr&#232;s peur d'&#234;tre &#233;galement d&#233;bord&#233;s par les ouvriers du rang. Et, quand la gr&#232;ve est partie malgr&#233; elle, la CGT, sans jamais appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, a choisi d'accompagner le mouvement pour mieux le contr&#244;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants CGT accompagn&#232;rent donc le mouvement d'occupations des usines, mais &#224; leur fa&#231;on : il s'agissait de faire r&#233;gner l'ordre dans l'usine, de &lt;em&gt;&#171; pr&#233;server l'outil de travail &#187;,&lt;/em&gt; de pr&#233;server la discipline, d'&#234;tre &#171; responsables &#187;, comme ils disaient. Dans bon nombre de grandes usines (comme &#224; Renault Billancourt, pr&#232;s de Paris, 35 000 ouvriers), ils incit&#232;rent les ouvriers &#224; faire gr&#232;ve chez eux, pour se contenter de venir prendre les consignes syndicales aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT se chargeant eux-m&#234;mes de l'occupation, &#224; leur mani&#232;re. &#192; leur mani&#232;re, c'est-&#224;-dire en faisant la chasse aux contestataires et en emp&#234;chant les &#233;tudiants venus se joindre aux ouvriers d'entrer au contact avec les gr&#233;vistes. R&#233;sultat : dans bien des secteurs, les jeunes ouvriers et employ&#233;s contestataires d&#233;sert&#232;rent leur entreprise pour se joindre aux manifestations &#233;tudiantes et entrer en contact avec les groupes d'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;27 mai : les &#171; accords de Grenelle &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour la CGT comme pour le gouvernement, il s'agissait de mettre rapidement un terme &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Les n&#233;gociations entre syndicats, patronat et gouvernement furent men&#233;es rondement au minist&#232;re du Travail (rue de Grenelle &#224; Paris d'o&#249; le nom des accords qui en sortirent) et conclues le dimanche 26 mai, &#224; peine 12 jour apr&#232;s le d&#233;but des gr&#232;ves. Le salaire minimum, jusque-l&#224; tr&#232;s bas, &#233;tait augment&#233; de 35 %, &#224; 519 F par mois donc encore loin des 600 F demand&#233;s depuis des ann&#233;es par les syndicats ; les autres salaires &#233;taient augment&#233;s d'environ 10 % (&#224; une &#233;poque ou l'inflation tournait autour de 8 % par an) ; surtout s'y ajoutait, comme cadeau aux appareils syndicaux, la cr&#233;ation de &#171; la section syndicale d'entreprise &#187;, qui donnait &#224; chaque syndicat, sans &#233;lections professionnelles, des locaux et des heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT de l'&#233;poque, George S&#233;guy, crut que l'affaire &#233;tait pli&#233;e, d&#233;clarant &#224; la presse, un petit sourire au coin des l&#232;vres : &lt;em&gt;&#171; Aux travailleurs de d&#233;cider &lt;/em&gt;[&#8230;]&lt;em&gt; mais si la d&#233;cision consiste &#224; appr&#233;cier le r&#233;sultat de fa&#231;on positive, &#224; moins qu'on estime pouvoir aller plus loin, la reprise du travail ne saurait tarder &#187;. &lt;/em&gt;D&#232;s le lundi 27, il alla pr&#233;senter les r&#233;sultats de cette n&#233;gociation dans la plus grosse usine du pays, o&#249; la CGT semblait r&#233;gner en ma&#238;tre, l'usine de Renault-Billancourt, devant plus de 10 000 ouvriers r&#233;unis en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. Mal lui en a pris, il a &#233;t&#233; hu&#233; par des milliers d'ouvriers. Du coup, la CGT ne donna pas imm&#233;diatement de consigne de reprise du travail et incita les ouvriers &#224; n&#233;gocier entreprise par entreprise les conditions de la reprise. Un tour de passe-passe qui consistait &#224; proposer aux m&#233;contents de marchander des broutilles suppl&#233;mentaires dans chaque secteur isol&#233;ment, sans le b&#233;n&#233;fice de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_1095 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH325/68-2eb0c.png?1526422020' width='500' height='325' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves allaient se poursuivre pendant plus de trois semaines, les usines en gr&#232;ve finissant par reprendre les unes apr&#232;s les autres. Non sans peine, car il fallut toutes les combines des appareils syndicaux pour faire fl&#233;chir les gr&#233;vistes, comme &#224; la RATP o&#249; les syndicalistes faisaient voter la reprise d&#233;p&#244;t par d&#233;p&#244;t de bus en pr&#233;tendant que les autres avaient d&#233;j&#224; repris. Non sans col&#232;re chez les ouvriers. &#192; Renault-Flins, le 7 juin, les CRS &#233;taient appel&#233;s pour d&#233;loger les piquets de gr&#232;ve et firent, le 10 juin, un mort parmi les &#233;tudiants venus soutenir les ouvriers. &#192; Peugeot-Sochaux, la gr&#232;ve et l'occupation avaient repris le lundi 10 juin, malgr&#233; les consignes de reprise du travail donn&#233;es par les syndicats. Appel&#233;s pour vider les gr&#233;vistes, gendarmes mobiles et CRS firent deux morts parmi les ouvriers, dont un tu&#233; par balle, lors des affrontements. Et la gr&#232;ve dura jusqu'au 20 juin.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;La gauche fr&#233;tille &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pendant tout le mois de mai, dans la rue, les manifestations s'&#233;taient poursuivies. Notamment le 24 mai o&#249; 50 000 manifestants d&#233;filaient &#224; Paris suite &#224; la d&#233;cision du gouvernement d'expulser le leader &#233;tudiant Cohn-Bendit en Allemagne, la manifestation se terminant par de violents affrontements avec la police et quelques barricades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la gauche politicienne montrait le bout de son nez, avec la pr&#233;sence d'un ancien premier ministre, Pierre Mend&#232;s-France, &#224; un grand meeting tenu au stade Charl&#233;ty le lundi 27 mai, jour m&#234;me o&#249; S&#233;guy venait de se faire siffler &#224; Billancourt. Mais c'est Mitterrand, que le PCF avait d&#233;j&#224; adoub&#233; en soutenant sa candidature &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1965, qui volait &#224; Mend&#232;s la politesse en se d&#233;clarant, le 28 mai, pr&#234;t &#224; constituer un &lt;em&gt;&#171; gouvernement provisoire de transition et de gestion &#187;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;De Gaulle s'en va&#8230; et revient&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du gouvernement, le rejet par la base des accords de Grenelle avait provoqu&#233; un moment de panique. Le 29 mai, de Gaulle annula le conseil des ministres et s'envola secr&#232;tement pour Baden-Baden en Allemagne, pour demander conseil au g&#233;n&#233;ral Massu, histoire de v&#233;rifier que l'arm&#233;e fran&#231;aise &#233;tait pr&#234;te &#224; s&#233;vir en cas de besoin : &#224; l'&#233;poque, l'Allemagne restait occup&#233;e par les arm&#233;es &#171; alli&#233;es &#187; de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale et Massu &#8211; qui s'&#233;tait illustr&#233; pendant la guerre d'Alg&#233;rie en justifiant le recours syst&#233;matique &#224; la torture durant la Bataille d'Alger, qu'il mena &#224; la t&#234;te des parachutistes fran&#231;ais en 1957 &#8211; &#233;tait &#224; la t&#234;te des forces d'occupation fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rassur&#233;, il revint en France le 30 mai. Avec, en poche, l'arme fatale, celle qui ne peut qu'envo&#251;ter les leaders de la gauche et des syndicats : il annonce la dissolution de l'Assembl&#233;e nationale et de nouvelles &#233;lections l&#233;gislatives. Dans la foul&#233;e, tout ce que le pays compte de bourgeois et petits-bourgeois r&#233;actionnaires se rassemble dans une manifestation monstre (300 000 personnes dit-on) sur les Champs-Elys&#233;es, en soutien au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pas de quoi impressionner la population salari&#233;e. Les gr&#232;ves se poursuivirent, en d&#233;pit des consignes de reprise secteur par secteur de la CGT. Mais toute la gauche, Parti communiste en t&#234;te, accept&#232;rent le jeu &#233;lectoral. C'&#233;tait cette fameuse &#171; issue politique &#187; qu'on nous a resservie depuis maintes fois &#224; la fin de grandes gr&#232;ves, sur le th&#232;me de &lt;em&gt;&#171; la gauche va gagner, ce sera tellement mieux apr&#232;s &#187;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fit partie des pressions pour convaincre ceux des militants syndicaux r&#233;ticents qu'il &#233;tait grand temps d'en finir avec la gr&#232;ve et de ramener les ouvriers &#224; la raison. M&#234;me si nombre d'&#233;tudiants et de salari&#233;s gr&#233;vistes pr&#233;f&#233;r&#232;rent afficher et scander &lt;em&gt;&#171; &#201;lections, pi&#232;ge &#224; cons ! &#187;. &lt;/em&gt;Pi&#232;ge &#171; &#224; cons &#187; en effet : les partis de gauche r&#233;formistes (PC et PS), qui esp&#233;raient gagner ces &#233;lections, se retrouv&#232;rent en minorit&#233;, et les gaullistes recueillirent une &#233;crasante majorit&#233; des si&#232;ges dans une Assembl&#233;e &#171; bleu horizon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;L'extr&#234;me gauche en France
avant et apr&#232;s Mai 1968&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une partie de la jeunesse s'&#233;tait politis&#233;e et radicalis&#233;e pendant la guerre d'Alg&#233;rie (qui prit fin en 1962 avec l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie), se d&#233;tachant du Parti socialiste comme du Parti communiste stalinien. Les groupes trotskystes commenc&#232;rent &#224; recruter. Une partie avait constitu&#233; une dissidence au sein de l'Union des &#233;tudiants communistes en formant les JCR (Jeunesses communistes r&#233;volutionnaires, qui devinrent la Ligue communiste, puis la Ligue communiste r&#233;volutionnaire, apr&#232;s 1968) ; une autre (le courant lambertiste) s'&#233;tait implant&#233; dans le syndicat FO (qui avait une aile anarcho-syndicaliste) ; et le courant Voix ouvri&#232;re (qui devint Lutte ouvri&#232;re apr&#232;s 1968) s'&#233;tait implant&#233; dans diff&#233;rentes grandes usines du pays o&#249; ils &#233;ditaient des bulletins d'entreprise &#224; parution r&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;dl class='spip_document_1096 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH164/humaniteetudiantsvo25-d1199.png?1526422020' width='500' height='164' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;(Dessin paru dans Voix Ouvri&#232;re du 15 mai 1968)
&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais cette extr&#234;me gauche, qui jouait un r&#244;le important dans le mouvement &#233;tudiant, restait par contre tr&#232;s peu implant&#233;e dans la classe ouvri&#232;re : le PCF, par l'interm&#233;diaire la CGT qu'il contr&#244;lait, avait un quasi-monopole politique, et ses militants n'h&#233;sitaient pas &#224; faire le coup de poing contre les &#171; gauchistes &#187; &#224; l'entr&#233;e des usines, ou &#224; les exclure des syndicats, lorsqu'ils ne les d&#233;non&#231;aient pas aux patrons. Mais aussi cette absence d'implantation &#233;tait aussi le r&#233;sultat de l'absence de volont&#233; de la plupart des groupes d'extr&#234;me gauche de surmonter ces obstacles pour gagner du poids et des militants au sein de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 a en partie chang&#233; les choses. M&#234;me si l'appareil du PC et de la CGT finit par r&#233;ussir &#224; neutraliser la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, l'extr&#234;me gauche acquit une toute nouvelle audience non seulement aupr&#232;s des &#233;tudiants, mais aupr&#232;s de l'ensemble des travailleurs. Les militants r&#233;volutionnaires sortirent de leur marginalit&#233; et certains purent s'implanter durablement au sein de la classe ouvri&#232;re dans les ann&#233;es qui suivirent. De fait, les diff&#233;rents groupes d'extr&#234;me gauche, qui regroupaient &#224; peine une centaine de militants chacun avant Mai 68, grandirent d'un facteur dix apr&#232;s, pour regrouper chacun entre 1 000 et 2 000 militants selon les moments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons au passage que, aujourd'hui encore, alors que le PC n'est plus que l'ombre de lui-m&#234;me, ce sont en grande partie les courants sociaux-d&#233;mocrates qui ont occup&#233; la place vacante, m&#234;me si c'est plus par leur contr&#244;le des divers appareils syndicaux que par une pr&#233;sence militante comme l'&#233;tait celle du PC &#224; l'&#233;poque. Et l'extr&#234;me gauche a encore bien du chemin &#224; faire pour se donner les moyens de contrer le poids des bureaucraties syndicales et d'&#234;tre en mesure de jouer un r&#244;le d&#233;terminant dans les luttes de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Les bilans&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'issue du mouvement de mai-juin 1968, le gouvernement et la droite avaient donc gagn&#233; les &#233;lections. M&#234;me si de Gaulle dut d&#233;missionner en 1969, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;savou&#233; dans un r&#233;f&#233;rendum qu'il avait provoqu&#233;, la droite en reprit pour 13 ans de pouvoir sans partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que Mai 68 avait transform&#233; toute l'atmosph&#232;re politique et sociale. &#192; partir des ann&#233;es 1970, les gr&#232;ves ouvri&#232;res, en particulier sur les salaires (on &#233;tait en p&#233;riode de croissance et encore de plein emploi), se multipli&#232;rent. Certaines d'entre elles furent dirig&#233;es par des militants r&#233;volutionnaires qui s'impos&#232;rent face aux appareils syndicaux au moyen de &#171; comit&#233;s de gr&#232;ve &#187; constitu&#233;s de fa&#231;on d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet acquis demeure en partie, avec cette id&#233;e que, dans une p&#233;riode de m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral, une gr&#232;ve peut bousculer tous les freins syndicaux, devenir contagieuse, se transformer en gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Ainsi que cette id&#233;e que les travailleurs en lutte doivent s'organiser eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Huguette CHEVIREAU&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class='spip_document_1097 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='https://nouveaucr.convrev.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH794/5republiquetoutenue-45250.png?1526422020' width='500' height='794' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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