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	<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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	<description>Site de la fraction L'&#201;tincelle, groupe trotskyste partie prenante du NPA, et de sa revue Convergences r&#233;volutionnaires.</description>
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		<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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		<title> R&#233;voltes &#233;tudiante et populaire en Indon&#233;sie : Avis de temp&#234;te sur l'Asie ?
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		<dc:subject>Indon&#233;sie
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		<description>Le 22 mai dernier, lors d'une br&#232;ve allocution t&#233;l&#233;vis&#233;e, Suharto annon&#231;ait qu'il d&#233;missionnait de son poste de pr&#233;sident de la R&#233;publique indon&#233;sienne, 32 ans apr&#232;s son accession au pouvoir. Apr&#232;s Duvalier en Ha&#239;ti, Marcos aux Philippines, Mobutu au Za&#239;re et quelques autres, un des dictateurs les plus sanguinaires de la seconde moiti&#233; du si&#232;cle partait sous la pression d'une effervescence populaire et &#233;tudiante commenc&#233;e six mois plus t&#244;t et d'injonctions de plus en plus mena&#231;antes du FMI et de l'ex&#233;cutif&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;a href="https://nouveaucr.convrev.lautre.net/+-Indonesie-+" rel="tag"&gt;Indon&#233;sie
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 22 mai dernier, lors d'une br&#232;ve allocution t&#233;l&#233;vis&#233;e, Suharto annon&#231;ait qu'il d&#233;missionnait de son poste de pr&#233;sident de la R&#233;publique indon&#233;sienne, 32 ans apr&#232;s son accession au pouvoir. Apr&#232;s Duvalier en Ha&#239;ti, Marcos aux Philippines, Mobutu au Za&#239;re et quelques autres, un des dictateurs les plus sanguinaires de la seconde moiti&#233; du si&#232;cle partait sous la pression d'une effervescence populaire et &#233;tudiante commenc&#233;e six mois plus t&#244;t et d'injonctions de plus en plus mena&#231;antes du FMI et de l'ex&#233;cutif am&#233;ricain. De fait, c'est la crise mon&#233;taire et boursi&#232;re de l'Asie du Sud Est, d&#233;marr&#233;e formellement en Tha&#239;lande en juillet 97 par la d&#233;valuation mon&#233;taire, qui conna&#238;t en Indon&#233;sie, &#224; ce jour de la fa&#231;on la plus aigue, des r&#233;percussions &#233;conomiques et sociales brutales. Probablement parce que le pays, archipel constitu&#233; de plus de 10 000 &#238;les, arrivant en quatri&#232;me position mondiale avec ses 202 millions d'habitants, compte de tr&#232;s grosses concentrations urbaines, pr&#232;s de 80 millions d'&#171; actifs &#187; dont pr&#232;s de 10 millions d'ouvriers d'industrie, c'est-&#224;-dire &#224; c&#244;t&#233; d'une classe bourgeoise et petite-bourgeoise r&#233;cente, une classe ouvri&#232;re presque toute neuve.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Le massacre anti-communiste de 1965, acte de naissance du r&#233;gime Suharto&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Suharto, cela faisait 32 ans qu'il gouvernait. Un bail. Sign&#233; dans le sang d'un des plus grands massacres du si&#232;cle, ce qui n'est pas peu dire, qui a fait 500 000 morts au moins dans les ann&#233;es 1965-66, &#224; une &#233;poque o&#249; le pays ne comptait encore &#171; que &#187; 100 millions d'habitants. Il s'est agi &#224; l'&#233;poque d'un g&#233;nocide politique contre le PKI, parti communiste d'ob&#233;dience pro-chinoise, fort de 3 millions de membres, influen&#231;ant la principale centrale syndicale, un &#171; Front paysan &#187;, des &#171; Jeunesses populaires &#187;. Ce PKI soutenait le r&#233;gime de Sukarno, leader de la lutte pour l'ind&#233;pendance indon&#233;sienne men&#233;e contre l'imp&#233;rialisme hollandais de 1945 &#224; 1949, qui &#224; partir de 1959 avait mis en place un r&#233;gime &#224; vrai dire fort peu d&#233;mocratique, bas&#233; sur des &#171; groupes fonctionnels &#187;, sortes de corporations en lieu et place de partis. Les &#233;lections avaient &#233;t&#233; supprim&#233;es et Sukarno gouvernait comme un dictateur &#233;clair&#233;... Il parlait de &#171; r&#233;volution nationale &#187;, de &#171; r&#233;forme agraire &#187;, de mise en place d'une &#171; &#233;conomie dirig&#233;e &#187; et surtout, il se pr&#233;sentait comme le champion d'un tiers mondisme &#171; non-align&#233; &#187;. Il n'&#233;tait en rien r&#233;volutionnaire mais &#224; l'&#233;poque, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qui se disait &#233;branl&#233; par la Chine de Mao, les mouvements pr&#233;tendus progressistes de lib&#233;ration nationale ou coloniale dans le tiers monde et tout particuli&#232;rement la guerre du Vietnam, recourait partout &#224; des solutions militaires directes ou par dictateurs autochtones interpos&#233;s. Comme en Indon&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#233;gime dit d'Ordre Nouveau que Suharto mit en place en mars 1967, apr&#232;s avoir fait l&#233;galement d&#233;poser Sukarno par l'Assembl&#233;e du Peuple et s'&#234;tre fait promouvoir pr&#233;sident, fut bien l'ordre imp&#233;raliste : les biens am&#233;ricains et anglais nationalis&#233;s en 1964 furent restitu&#233;s, l'Indon&#233;sie r&#233;int&#233;gra le camp occidental et ses dirigeants et grands bourgeois re&#231;urent en &#233;change une aide &#233;conomique substantielle qui n'a pas faibli jusqu'&#224; tout r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette r&#233;gion d'Asie critique pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, face &#224; l'URSS et &#224; la Chine dites communistes, l'Indon&#233;sie devenait une carte majeure. Un p&#244;le anti-communiste en Asie du Sud-Est, &#224; l'&#233;poque de la guerre toujours froide, puis un socle stable pour l'accumulation de profits dans les d&#233;cennies qui allaient suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suharto et son arm&#233;e y impos&#232;rent pour cela une dictature f&#233;roce. Contre des populations et contre la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1969, le r&#233;gime se fit la main sur les Papous de l'Iryan Jaya, annex&#233; puis colonis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1974, avec l'invasion du Timor-Oriental, ex-colonie portugaise que le r&#233;gime de Suharto d&#233;cide de s'approprier, c'est le g&#233;nocide d'un peuple, affam&#233;, pourchass&#233; sur ses propres terres. 200 000 morts sur une population totale de un million d'habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1980, ce sont les opposants au r&#233;gime dans les grandes concentrations urbaines, des opposants islamistes mais aussi syndicalistes ou communistes qu'il continue &#224; voir et pourchasser partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suharto proclama constitutionnellement une &#171; double fonction &#187; de l'arm&#233;e militaire et politique. Il fonda un parti de gouvernement militaro-politique, le Golkar. Sorte de feuille de vigne &#224; sa dictature personnelle et familiale, puisque cet appareil &#233;tait surtout mobilis&#233; pour assurer sa r&#233;&#233;lection, tous les 5 ans, jusqu'&#224; celle de mars dernier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; opposition &#187; reconnue au r&#233;gime est repr&#233;sent&#233;e par deux partis islamistes, la Muhammadiyah dirig&#233;e par Amien Ra&#239;s qui compterait 20 millions d'adh&#233;rents selon la grande presse, et la Nahdatul Ulama qui en compterait 35 millions. Si Suharto a r&#233;prim&#233; durement le terrorisme islamiste, il a men&#233; un jeu subtil, fait d'un m&#233;lange de r&#233;pression et de manoeuvres de rapprochement avec ces grands partis d'ob&#233;dience musulmane. Sans compter que son r&#233;gime lui-m&#234;me, &#224; maintes reprises, favorisa institutionnellement la religion. Suharto parraina une Association des intellectuels musulmans, dirig&#233;e par son &#171; ami &#187; Habibie, qui vient de lui succ&#233;der &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat. Il finan&#231;a la construction de mosqu&#233;es, favorisa le voile pour les femmes, la pri&#232;re sur les lieux de travail. Suharto utilisa la religion (musulmane largement majoritaire dans le pays, mais aussi chr&#233;tienne ou bouddhiste) comme un d&#233;rivatif aux influences communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre parti d'opposition dont la presse parle : le PDI, parti dit d&#233;mocratique dont la fille de Sukarno, Megawati, parvint en 1993 &#224; la t&#234;te, pour en &#234;tre ensuite &#233;vinc&#233;e par des manoeuvres de Suharto. Ce PDI tient un langage des plus mod&#233;r&#233;s, mais un &#171; forum &#187; fut organis&#233; &#224; son si&#232;ge lors des &#233;lections l&#233;gislatives de 1997, qui attira une foule nombreuse... trop nombreuse pour le r&#233;gime qui fit &#233;vacuer un mois plus tard le b&#226;timent avec pour bilan officiel : 5 morts, pr&#232;s de 150 bless&#233;s et une vingtaine de disparus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; &#233;tudiant, il y eut &#224; plusieurs reprises de la contestation et de l'effervescence. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, puis dans les ann&#233;es 88-89, contre la spoliation par le pouvoir d'une partie de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des manifestations importantes eurent lieu en 1974, &#224; l'occasion de la visite du Premier ministre japonais, Tanaka, qui tourn&#232;rent &#224; l'&#233;meute : les boutiques qui vendaient des produits japonais (par ailleurs le premier investisseur dans le pays), en particulier des voitures, furent attaqu&#233;es par des manifestants qui n'&#233;taient d'ailleurs pas seulement &#233;tudiants. L'arm&#233;e intervint brutalement, faisant des morts et des centaines d'arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, durant toutes ces ann&#233;es, malgr&#233; la dictature et m&#234;me sous sa coupe, l'Indon&#233;sie s'urbanisa, s'industrialisa, de cette fa&#231;on in&#233;gale et combin&#233;e qui est le lot des pays du tiers monde sous domination imp&#233;rialiste. Et jusqu'&#224; la crise r&#233;cente, la croissance de l'&#233;conomie par certains c&#244;t&#233;s spectaculaire quand on en constate les effets sur 30 ans a &#233;t&#233; pour Suharto et les patriciens du r&#233;gime, un alibi utilis&#233; pour tenter d'excuser tout le reste. La presse bourgeoise occidentale, du New-York Times au Monde, ne rata pas une occasion de le confirmer, comme ce dernier quotidien qui &#233;crivait encore le 21 janvier dernier : &#171; M. Suharto a rendu des services &#224; son pays. Il serait simpliste de le dissimuler. H&#233;ritant, &#224; la fin des ann&#233;es 60, d'un vaste archipel traumatis&#233; par un sanglant massacre, au bord de la banqueroute et de l'anarchie, il l'a d'abord remis sur pied &#187;. Le Monde &#171; oublie &#187; juste de pr&#233;ciser que c'est Suharto qui a perp&#233;tr&#233; le &#171; sanglant massacre &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un tel sanglant massacre (comme bien d'autres, dont ceux du Rwanda) a &#233;t&#233; la terreur blanche on ne peut plus propice &#224; la fructification des investissements &#233;trangers et nationaux. L'aide &#233;conomique de l'Occident, &#224; commencer par celle du Japon (aide toujours int&#233;ress&#233;e, certes) afflua sur l'Indon&#233;sie, qui permit un d&#233;but de d&#233;veloppement d&#232;s les ann&#233;es 70. Puis vinrent les revenus du p&#233;trole et du gaz, dont l'Indon&#233;sie est un des gros producteurs mondiaux. L'&#201;tat s'endetta alors facilement pour des grands travaux et investissements, pour conna&#238;tre ensuite des grosses difficult&#233;s avec la baisse du prix des mati&#232;res premi&#232;res au d&#233;but des ann&#233;es 80. Et comme dans le reste du tiers monde, les dirigeants indon&#233;siens appliqu&#232;rent &#224; partir de 1986 une politique dite de &#171; lib&#233;ralisation &#187; et d'ouverture au march&#233; mondial : d&#233;r&#233;glementation du secteur bancaire, assouplissement des r&#232;gles pour l'implantation du capital &#233;tranger, lib&#233;ralisation du commerce, privatisations, etc. Mais aussi et surtout, aust&#233;rit&#233; contre la population et la classe ouvri&#232;re. Le r&#233;gime pouvait se flatter que l'&#233;conomie ait connu une croissance de 7 % pendant 10 ans, entra&#238;nant un doublement de la richesse moyenne &#171; par t&#234;te &#187; (pour une population qui avait doubl&#233; en 30 ans)... mais toutes les t&#234;tes ne furent pas servies de la m&#234;me fa&#231;on. Et au premier rang des g&#226;t&#233;s et m&#234;me pourris du r&#233;gime : la famille m&#234;me du dictateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#171; classe moyenne &#187;, commer&#231;ants, petits patrons, paysans riches ou cadres de soci&#233;t&#233;s, s'est constitu&#233;e aussi et a pu acc&#233;der &#224; une consommation ressemblant &#224; ce que connaissent leurs homologues bourgeois des pays riches.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;L'&#233;mergence d'une classe ouvri&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur une population active totale de pr&#232;s de 90 millions, plus de 10 millions d'Indon&#233;siens travaillent aujourd'hui dans l'industrie, et 30 millions dans les services et le secteur minier. Les produits &#233;nerg&#233;tiques, gaz et p&#233;trole repr&#233;sentaient 70,2 % des exportations en 1975, la quasi totalit&#233; du reste des exportations &#233;tant constitu&#233;e de produits agricoles. Ils ne repr&#233;sentent aujourd'hui plus que 26,3 % des exportations, alors que les produits industriels, textile et &#233;lectronique en particulier, en repr&#233;sentent plus de 50 %. Du moins avant la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; au pouvoir en 1967, Suharto avait consolid&#233; son r&#232;gne et celui de son clan, et leur mainmise sur l'&#233;conomie du pays, gr&#226;ce surtout aux pr&#234;ts et investissements &#233;trangers. Puis le boom p&#233;trolier du milieu des ann&#233;es 70 avait permis le d&#233;veloppement d'une tr&#232;s riche bourgeoisie et d'un capitalisme national, toujours &#233;troitement li&#233;s &#224; l'arm&#233;e et &#224; la famille Suharto. La chute des prix p&#233;troliers du milieu des ann&#233;es 80 a conduit &#224; une r&#233;orientation de l'industrie, passant d'une production de biens de consommation &#224; une industrie tourn&#233;e surtout vers l'exportation. Et la main-d'oeuvre industrielle, qui avait commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper &#224; la fin des ann&#233;es 70, a continu&#233; &#224; faire de nouveaux bonds, 420 000 emplois industriels suppl&#233;mentaires en 1987, 730 000 en 1990, progressant &#224; un rythme de croissance annuel moyen de 20 % &#224; la fin des ann&#233;es 80 et d&#233;but des ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier avait jusque-l&#224; &#233;t&#233; contenu, sous la poigne de fer de la dictature. Un syndicat unique, dirig&#233; par l'&#233;tat, instaur&#233; en 1973, le SPSI, &#233;tait la seule organisation ouvri&#232;re autoris&#233;e. Des organismes tripartites, syndicat unique, organisation patronale et repr&#233;sentant du minist&#232;re du Travail, supervis&#233;s par les services de s&#233;curit&#233; (commandement militaire r&#233;gional et police), devaient assurer les bonnes relations du capital et du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'augmentation num&#233;rique de la classe ouvri&#232;re, dans des usines souvent entour&#233;es de murs h&#233;riss&#233;s de barbel&#233;s, le r&#233;gime indon&#233;sien s'effor&#231;ait d'accro&#238;tre les moyens de contr&#244;le policier sur la classe ouvri&#232;re, en m&#234;me temps qu'il assouplissait quelque peu le fonctionnement du syndicat gouvernemental, le SPSI, pour s'en servir &#233;ventuellement de soupape de s&#233;curit&#233;. Un d&#233;cret du minist&#232;re du Travail en 1986 l&#233;gitimait le r&#244;le de l'arm&#233;e dans la r&#233;solution des conflits du travail : elle avait charge de contr&#244;ler les quartiers ouvriers, de contr&#244;ler par des espions les ouvriers &#224; l'int&#233;rieur de l'usine, d'intervenir &#224; chaque conflit du travail et c'est elle-m&#234;me qui dressait les listes noires des &#171; agitateurs ouvriers &#187; communiqu&#233;es aux patrons des diverses entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'a pas pour autant suffi &#224; emp&#234;cher le d&#233;veloppement des luttes ouvri&#232;res, ainsi que l'apparition de syndicats ill&#233;gaux, dont les dirigeants &#233;taient syst&#233;matiquement emprisonn&#233;s, des militants assassin&#233;s. Ainsi, en mai 1993, une ouvri&#232;re de 25 ans, Marsinah, fut assassin&#233;e pour le r&#244;le qu'elle venait de jouer dans la gr&#232;ve de l'usine de montres o&#249; elle travaillait, dans une ville de l'Est de Java. En avril 1994, dans la banlieue de Bandoung, une autre jeune ouvri&#232;re qui, depuis 1992 &#233;tait active non seulement dans son usine mais aussi dans toute sa zone industrielle o&#249; se c&#244;toient des usines poss&#233;d&#233;es par des capitaux taiwannais, japonais, hollandais et australiens, &#233;tait enlev&#233;e chez elle pendant la nuit et assassin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premi&#232;re grande explosion ouvri&#232;re a &#233;t&#233; la gr&#232;ve et les &#233;meutes d'avril 1994 dans la cit&#233; et les banlieues industrielles de Medan, la troisi&#232;me ville du pays, au nord de Sumatra. La gr&#232;ve avait explos&#233; dans 24 usines des zones industrielles entourant la ville le 14 avril, entra&#238;nant 20 000 ouvriers, &#224; la suite de la d&#233;couverte du cadavre d'un jeune ouvrier de 22 ans jet&#233; dans la rivi&#232;re Deli, proche de l'usine o&#249; il avait conduit en mars une gr&#232;ve. Des t&#233;moins l'avaient vu poursuivi et matraqu&#233; par les gardes de l'usine, mais la police, en refusant toute enqu&#234;te, avait couvert l'affaire. Les ouvriers en gr&#232;ve demandaient la fin de l'intervention de l'arm&#233;e dans les conflits du travail, ainsi que le passage du salaire minimum de 3 100 &#224; 7 000 roupies (soit de 9 &#224; 21 F) par jour, le droit de s'organiser, la reconnaissance du syndicat SBSI cr&#233;&#233; malgr&#233; l'interdiction, ainsi que la r&#233;embauche de 360 ouvriers licenci&#233;s d'une usine d'allumettes &#224; la suite d'une autre gr&#232;ve. Le cort&#232;ge des gr&#233;vistes &#233;tait rejoint par les ouvriers des autres zones industrielles, venus de plus de 50 usines. Apr&#232;s quelques promesses de n&#233;gociations, pour gagner du temps, les forces anti-&#233;meutes furent envoy&#233;es contre les gr&#233;vistes, et apr&#232;s une apr&#232;s-midi d'affrontements violents, 20 ouvriers, ainsi que le responsable &#224; Medan du syndicat ill&#233;gal SBSI r&#233;cemment cr&#233;&#233;, &#233;taient arr&#234;t&#233;s dans la nuit. Mais gr&#232;ves et manifestations continu&#232;rent les jours suivants. Les derniers jours, les &#233;meutes furent marqu&#233;es par des mises &#224; sac de magasins dans les quartiers de commer&#231;ants chinois ; et la police en profita pour accuser le syndicat ill&#233;gal SBSI d'avoir foment&#233; une &#233;meute raciale, bien que le plus vraisemblable soit que les saccages anti-chinois aient &#233;t&#233; provoqu&#233;s par la police elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves de septembre et octobre 1994 dans des usines de Djakarta et de Semarrang, dans l'&#238;le de Java, furent anim&#233;es, elles, par un autre syndicat ill&#233;gal, le PPBI. Plus r&#233;cent que le SBSI, le PPBI avait commenc&#233; aussi &#224; se d&#233;velopper au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, avec l'aide de militants issus du mouvement &#233;tudiant et tenait son 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; congr&#232;s &#224; l'automne 1994. Sa force &#233;tait alors estim&#233;e &#224; 10000/15000 adh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste de ses militants ouvriers arr&#234;t&#233;s et tortur&#233;s, &#224; la suite de mouvements de gr&#232;ve, a ponctu&#233; presque chaque mois l'actualit&#233; des luttes ouvri&#232;res de la fin 1994 et l'ann&#233;e 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; la m&#234;me &#233;poque o&#249; se cr&#233;aient ces syndicats que l'on a pu voir un surprenant volte-face de la tr&#232;s social-d&#233;mocrate Conf&#233;d&#233;ration syndicale australienne envers le syndicat gouvernemental indon&#233;sien, le syndicat jaune mis en place par la dictature. Fin 1994, la Conf&#233;d&#233;ration des syndicats australiens mettait sur pied un plan de formation pour syndicalistes du syndicat officiel indon&#233;sien, jusque-l&#224; form&#233;s par l'arm&#233;e indon&#233;sienne plut&#244;t que par des syndicalistes. Pour se justifier de ce soutien, le dirigeant de la Conf&#233;d&#233;ration syndicale australienne d&#233;clarait que les nouveaux syndicats ill&#233;gaux &#233;taient des organisations impuls&#233;es par des &#233;tudiants plus pr&#233;occup&#233;s de politique que de simple d&#233;fense les revendications ouvri&#232;res. La raison &#233;tait &#233;videmment plus profonde : depuis 1994, le gouvernement australien dirig&#233; par le chef du parti Social-D&#233;mocrate, Paul Keating, s'&#233;tait fait le principal promoteur du d&#233;veloppement des investissements australiens en Indon&#233;sie. L'aide apport&#233;e par les syndicats au syndicat gouvernemental indon&#233;sien, pour l'aider &#224; redorer son blason et reprendre en partie le contr&#244;le d'une classe ouvri&#232;re dont on ne pouvait plus se contenter d'emp&#234;cher polici&#232;rement les luttes, n'&#233;tait que l'autre volet de la politique gouvernementale australienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ni la r&#233;pression, ni les tentatives de recyclage &#224; l'australienne de la bureaucratie syndicale du r&#233;gime militaire indon&#233;sien, n'a enray&#233; la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res et le d&#233;veloppement des organisations dans les usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, au del&#224; de la combativit&#233; ouvri&#232;re qui se manifeste depuis le d&#233;but des ann&#233;es 90 en Indon&#233;sie, la constitution d'organisations syndicales nationales rest&#233;es ill&#233;gales jusqu'&#224; la chute de Suharto pose bien s&#251;r le probl&#232;me de l'orientation politique des dirigeants qui ont impuls&#233; leur cr&#233;ation et regroup&#233; dans ces organisations nationales les syndicats clandestins qui se cr&#233;aient. Et ces dirigeants les plus connus, cela n'a &#233;videmment rien de surprenant, sont politiquement li&#233;s au mouvement d&#233;mocratique indon&#233;sien, comme cela ressort de leurs d&#233;clarations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale dirigeante de ce nouveau syndicat, le PPBI, aux allures plus radicales que l'autre syndicat ill&#233;gal, le SBSI, est Dita Sari, une ancienne dirigeante du mouvement &#233;tudiant de la fin des ann&#233;es 80. D&#233;but 1995, elle d&#233;finissait les objectifs de son organisation en expliquant que &#171; nous avons eu des centaines de gr&#232;ves au cours des trois derni&#232;res ann&#233;es. Beaucoup de ces gr&#232;ves sont spontan&#233;es &#187; et expliquait-elle, l'objectif du PPBI est d'en faire &#171; des actions plus politiques que la simple demande d'augmentation de salaires. Nous voulons donner aux luttes une orientation plus politique et r&#233;volutionnaire &#187;. En m&#234;me temps, elle expliquait la tournure prise par la gr&#232;ve de Medan en avril de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, par un manque d'organisation, s&#251;rement, mais aussi par le fait que les ouvriers avaient pos&#233; des revendications trop &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti politique auquel elle appartient, le PRD, s'intitule Parti D&#233;mocratique Populaire. Il regroupe autour de lui les militants non seulement du syndicat ouvrier qu'elle dirige, mais aussi d'un syndicat paysan et du syndicat &#233;tudiant SMID qui a &#233;t&#233; actif dans la cr&#233;ation des organisations ouvri&#232;res et paysanne en question. Mais son programme politique allie &#224; la fois la demande de satisfaction des revendications ouvri&#232;res, la fin de l'intervention de l'arm&#233;e dans les conflit du travail... et le soutien au PDI, le parti de la fille de Sukarno, Megawati Sukarnoputri, dont le PRD demande l'&#233;lection &#224; la pr&#233;sidence de l'Indon&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au fondateur de l'autre union syndicale ill&#233;gale, la SBSI, Muchtar Pakpahan, arr&#234;t&#233; en 1996 pour &#171; activit&#233; subversive &#187;, il a &#233;t&#233; l'un des premiers prisonniers politiques lib&#233;r&#233;s apr&#232;s la chute de Suharto. Le 10 juin dernier, il d&#233;clarait dans une interview au Herald Tribune qu'il avait peu d'illusions sur la d&#233;mocratisation que pouvait apporter l'ancien bras droit de Suharto, Habibie. Sa revendication politique est la convocation d'une session parlementaire destin&#233;e &#224; mettre en place un gouvernement de transition plus cr&#233;dible. Il d&#233;clarait que son syndicat avait donn&#233; jusqu'au 15 juin &#224; Habibie pour d&#233;cider de convoquer cette assembl&#233;e, faute de quoi son syndicat appellerait &#224; une manifestation de masse des ouvriers et des &#233;tudiants. Mais, pr&#233;cisait-il, son syndicat &#233;tait oppos&#233; &#224; toute action violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amender le r&#233;gime, lutter contre la corruption, mais m&#234;me pas r&#233;solument contre la crise et la surexploitation de la classe ouvri&#232;re indon&#233;sienne, telles semblent &#234;tre surtout les perspectives politiques de ce leader syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la classe ouvri&#232;re, elle n'a pas dit son dernier mot.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;La crise a fait tout basculer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Partie de Tha&#239;lande, la crise a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e par la fuite des capitaux : baisse des monnaies asiatiques entra&#238;nant une perte de change pour les capitaux plac&#233;s dans ces pays, qui s'enfuirent en d&#233;clenchant une nouvelle baisse des monnaies. Les banques et entreprises locales, en particulier celles qu'on appelle les conglom&#233;rats et ressemblent &#224; des trusts agissant dans des secteurs diversifi&#233;s, endett&#233;es en dollars, durent acheter &#224; leur tour des dollars pour rembourser leurs cr&#233;anciers, pr&#233;cipitant la d&#233;gringolade de leur monnaie. Les banques, ayant emprunt&#233; &#224; court terme en dollars, pour pr&#234;ter &#224; plus long terme en monnaie locale &#224; des entreprises ou promoteurs immobiliers, se sont trouv&#233;es dans l'incapacit&#233; de rembourser... Spirale infernale qui s'est traduite, en l'espace de quelques mois, par une inflation galopante et un &#233;croulement de l'activit&#233; &#233;conomique qui a grossi spectaculairement le nombre des ch&#244;meurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La roupie a perdu 80 % de sa valeur jusqu'&#224; la chute de Suharto et continue &#224; se d&#233;valuer en juin 97 il fallait 2500 roupies pour un dollar, il en faut 14 000 un an plus tard. Cela signifie le rench&#233;rissement de tous les produits. Alors que des &#171; experts &#187; s'attendaient encore, &#224; la fin 97, &#224; ce que les &#233;conomies d'Asie rebondissent et inondent les march&#233;s occidentaux de produits bon march&#233;, l'effondrement des monnaies a &#233;t&#233; tel qu'il a paralys&#233; toute la production. Les entreprises indon&#233;siennes qui travaillaient &#224; partir de mati&#232;res premi&#232;res ou de produits semi-finis import&#233;s ont cess&#233; toute activit&#233; faute de pouvoir payer leurs fournisseurs &#233;trangers. La plupart des filiales des groupes &#233;trangers ont ferm&#233; leurs usines. A Djakarta, des chantiers ont arr&#234;t&#233; net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le FMI n'est intervenu que pour bien s'assurer que les int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes seraient pr&#233;serv&#233;s, par le renforcement des recettes drastiques habituelles (privatisations et d&#233;mant&#232;lement des monopoles, hausse des taux d'int&#233;r&#234;t, r&#233;duction du d&#233;ficit budg&#233;taire contre les plus pauvres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont &#233;videmment les travailleurs et les classes populaires qui sont surtout frapp&#233;es. Mais aussi qui ont r&#233;agi. Des &#233;meutes ont commenc&#233; d&#232;s janvier 98. Le cataclysme &#233;conomique a eu ses cons&#233;quences sociales imm&#233;diates.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Six mois d'agitation &#233;tudiante et d'&#233;meutes populaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;meutes ont commenc&#233; d&#233;but janvier. Elles ont rebondi un mois plus tard pendant la premi&#232;re moiti&#233; de f&#233;vrier contre les hausses de prix. Ce n'est qu'&#224; la fin du mois de f&#233;vrier que les &#233;tudiants commenc&#232;rent &#224; se mobiliser, alors que l'&#233;lection de Suharto pour un septi&#232;me mandat se pr&#233;parait pour le 11 mars. Le mouvement &#233;tudiant s'est progressivement radicalis&#233;, mais c'est en mai qu'il a connu son paroxysme avec la d&#233;t&#233;rioration de la situation &#233;conomique et de nouvelles hausses brutales de prix. Les manifestations &#233;tudiantes sont sorties des campus, les &#233;meutes ont pris pour cibles les symboles du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir a tent&#233; de d&#233;tourner la col&#232;re des travailleurs contre les commer&#231;ants chinois. Le 5 janvier, &#224; Bandoung pr&#232;s de Djakarta, des auxiliaires de police chass&#232;rent avec z&#232;le les petits vendeurs pribumi (ou indon&#233;siens de souche, musulmans pour la plupart, par opposition &#224; ceux d'origine chinoise) de la rue o&#249; se trouvaient des commerces chinois. Les protestations des vendeurs ameut&#232;rent des jeunes et des ch&#244;meurs qui s'en prirent &#224; coups de pierres &#224; une centaine de boutiques. A Jember, dans l'Est de Java, des supermarch&#233;s et des boutiques appartenant &#224; des chinois furent pill&#233;s. Pour le seul mois de janvier, il y eut une douzaine d'&#233;meutes anti-chinoises en diff&#233;rents endroits du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communaut&#233; indon&#233;sienne d'origine chinoise contr&#244;le en grande partie les entreprises priv&#233;es les plus importantes du pays (except&#233;es les multinationales &#233;trang&#232;res), la majorit&#233; &#233;tant constitu&#233;e de commer&#231;ants, de restaurateurs ou d'employ&#233;s qualifi&#233;s dans les entreprises. Elle symbolise aux yeux de nombreux musulmans les privil&#233;gi&#233;s responsables de leur situation, ceux qui r&#233;percutent les hausses de prix et elle constitue une cible facile pour la col&#232;re populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la communaut&#233; d'origine chinoise constitue le bouc &#233;missaire traditionnel des difficult&#233;s rencontr&#233;es par la grande majorit&#233; de la population n'explique pas tout. Le retour d'un islam plus politis&#233;, volontiers populiste et x&#233;nophobe, qui milite pour que les &#171; musulmans &#187; aient leur part de la richesse nationale face &#224; la communaut&#233; d'origine chinoise souvent d'ob&#233;dience chr&#233;tienne, a renforc&#233; le poids de ces pr&#233;jug&#233;s. D'ailleurs, pendant les &#233;meutes, l'inscription &#171; commerce musulman &#187; sur le store pouvait &#233;viter le pillage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir lui-m&#234;me a mis de l'huile sur le feu, sans avoir l'air d'y toucher bien entendu. Heureusement, le mouvement fut loin de se r&#233;sumer aux attaques anti-chinoises. Les sentiments anti-chinois, qui continuent &#224; se manifester &#224; ce jour, sont loin d'&#233;puiser les motivations des m&#233;contents qui ne forment d'ailleurs pas un bloc monolithique, ni politiquement, ni socialement. Et la diversion, orchestr&#233;e par le r&#233;gime et ses flics, n'a pas sauv&#233; le dictateur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Suharto, c'&#233;tait d&#233;j&#224; 32 ans de trop&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 20 janvier, Suharto annon&#231;a qu'il se repr&#233;sentait pour un septi&#232;me mandat cons&#233;cutif. La presse se permit de critiquer la d&#233;cision, et les leaders de l'opposition s'empress&#232;rent d'annoncer leur intention de se pr&#233;senter &#233;galement, rompant ainsi l'unanimit&#233; qui avait cours habituellement. Megawati annon&#231;a qu'elle se consid&#233;rait toujours comme la pr&#233;sidente du Parti D&#233;mocrate Indon&#233;sien. Elle se pronon&#231;a pour une coalition des d&#233;mocrates et des deux partis musulmans. Mais elle donna des gages en m&#234;me temps sur la politique qu'elle pr&#233;tendait incarner : le temps du &#171; socialisme &#224; l'indon&#233;sienne &#187; de feu son p&#232;re, &#233;tait r&#233;volu. L'ignorance du peuple justifiait pleinement la double fonction militaire et politique de l'arm&#233;e, qui devrait simplement se faire un peu plus discr&#232;te en temps de paix. L'unit&#233; du pays devait pr&#233;valoir, m&#234;me au Timor ou dans l'Irian Jaya. Elle se montra tellement &#171; responsable &#187; qu'elle resta muette pendant le reste de la crise, par crainte &#171; des agitateurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier, les &#233;meutes reprirent de plus belle, aux cris de &#171; Nous avons faim &#187;, suite &#224; de nouvelles hausses de prix de l'essence et des denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Mais cette fois-ci, l'arm&#233;e riposta et fit des morts dans diff&#233;rentes villes du pays. En tout, pas moins de 40 &#233;meutes &#233;clat&#232;rent, se traduisant par des pillages de commerces, de centres commerciaux ou de fabriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences sociales des d&#233;sordres &#233;conomiques se faisaient ressentir durement et brutalement pour les travailleurs. La hausse des prix atteignait d&#233;j&#224; 40 &#224; 80 % pour de nombreux produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Alors que les r&#233;coltes avaient &#233;t&#233; particuli&#232;rement mauvaises l'ann&#233;e pass&#233;e, rendant n&#233;cessaire le recours &#224; l'importation, les biens import&#233;s voyaient leurs prix grimper aussi vite que la monnaie perdait de sa valeur. Les m&#233;dicaments, la viande devenaient inaccessibles pour le plus grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les multinationales regroup&#233;es dans la zone industrielle de Tanggerang pr&#232;s de Djakarta licenci&#232;rent 40 % de leurs travailleurs, soit pr&#232;s de 200.000 ! Deux grandes usines produisant des chaussures de sport, Spotek, 8000 ouvriers et Eagle, 9000 ouvriers, jet&#232;rent sur le carreau respectivement 2000 et 4600 travailleurs. La totalit&#233; ou presque des chantiers du pays cess&#232;rent toute activit&#233;, entra&#238;nant des mises &#224; pied par centaines de milliers. La plupart des multinationales japonaises, cor&#233;ennes ou occidentales, dans les secteurs de l'&#233;lectronique ou de l'automobile, qui avaient d&#233;localis&#233; l&#224; une partie de leur production furent ferm&#233;es : Toyota, Mitsubishi, Toshiba, Sharp, ou Daihihatsu. Au mieux quelques cadres rest&#232;rent sur place en attendant des jours meilleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel des progr&#232;s du niveau de vie r&#233;alis&#233;s au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es &#233;taient en passe d'&#234;tre effac&#233;s moins de dix semaines apr&#232;s le d&#233;but de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants prirent le relais de la contestation dans la derni&#232;re semaine de f&#233;vrier, alors qu'allait s'ouvrir la session de l'Assembl&#233;e consultative charg&#233;e d'officialiser la r&#233;&#233;lection de Suharto pour cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#233;tudiant gagna progressivement la plupart des universit&#233;s du pays. Il r&#233;clamait des r&#233;formes garantissant le droit d'expression et de r&#233;union, mais aussi l'abolition des hausses de prix. Des grands d&#233;bats furent organis&#233;s dans les campus des villes de Java, Sumatra, Sulawasi ou Bali. L'ambiance restait encore bon enfant, et tous chantaient l'hymne national avant de passer &#224; des chansons plus gaies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce mouvement, les forces de l'ordre laiss&#232;rent faire. Du moins tant que les &#233;tudiants restaient cantonn&#233;s dans leurs campus. Ce fut leur attitude constante, non seulement pendant la dur&#233;e de session de l'Assembl&#233;e, pendant laquelle toute manifestation fut interdite, mais &#233;galement par la suite. L'arm&#233;e cherchait &#224; contenir en douceur un mouvement qui ne la g&#234;nait que mod&#233;r&#233;ment... tant qu'il ne touchait que les &#233;tudiants. Il fallait &#233;viter &#224; tout prix que le mouvement &#233;tudiant ne fasse la jonction avec le mouvement populaire, et a fortiori avec les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e consultative vota comme un seul homme pour la reconduction de Suharto, en proposant m&#234;me de lui accorder les pleins pouvoirs par crainte des explosions sociales. Quant &#224; l'opposition, elle se garda bien de d&#233;fier le pouvoir. Amien Ra&#239;s, le dirigeant de la Muhammediyah, qui apparaissait comme le principal leader, renon&#231;a &#224; se pr&#233;senter contre Suharto et &#224; marquer au moins symboliquement sa d&#233;fiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suharto confia le nouveau gouvernement &#224; un fid&#232;le, Habibie, ancien ministre, fils &#171; adoptif &#187; et conseiller proche du pr&#233;sident. Il &#233;tait &#233;galement pr&#233;sident de l'Association des intellectuels musulmans, qui avait oeuvr&#233; &#224; la promotion du courant islamique. Deux des enfants de Suharto eurent des postes minist&#233;riels, Tutut, la fille a&#238;n&#233;e aux affaires sociales, et Mohammad &#171; Bob &#187; hasan, le &#171; baron &#187; du bois, au commerce et &#224; l'industrie... Un signal clair pour tout le monde sans doute : &#171; Vous en avez repris pour cinq ans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suharto eut aussi &#224; n&#233;gocier avec le FMI. Le financement conditionnel que le FMI avait accord&#233; &#224; l'Indon&#233;sie pour &#171; l'aider &#187; &#224; sortir de la crise devait s'accompagner d'engagements stricts. Suharto, apr&#232;s avoir sign&#233; l'accord le 15 janvier, regimba et proposa d'autres mesures, comme d'indexer la roupie indon&#233;sienne sur le dollar. Cette mesure fut jug&#233;e irr&#233;aliste par le FMI, mais permit &#224; Suharto de ne pas appliquer certains volets du plan, notamment la fermeture de nombreuses banques ou le d&#233;mant&#232;lement de monopoles appartenant &#224; sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une fois la r&#233;&#233;lection acquise et la fibre nationale flatt&#233;e par l'&#233;vocation d'un &#171; complot de l'&#233;tranger &#187;, le gouvernement s'engagea &#224; appliquer les directives du FMI. Mesures dramatiques pour les travailleurs et les ch&#244;meurs, mais cl&#233;mentes pour les exploiteurs et les profiteurs. L'&#201;tat reprenait par exemple la dette priv&#233;e en &#233;change d'un remboursement &#233;tal&#233; dans le temps par les d&#233;biteurs... &#224; un taux de change roupie/dollar plus avantageux. Autrement dit, la socialisation des dettes insolvables des plus gros capitalistes du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants se radicalis&#232;rent progressivement : de la d&#233;nonciation de quelques mesures, ils en vinrent &#224; exiger la d&#233;mission de Suharto et un changement de r&#233;gime, br&#251;lant des effigies du dictateur ou mettant en sc&#232;ne son proc&#232;s. Fin mars et pendant tout le mois d'avril, les heurts avec les forces de l'ordre se multipli&#232;rent parce que les &#233;tudiants ne restaient plus cantonn&#233;s entre les murs de leurs universit&#233;s. Le 20 mars, le g&#233;n&#233;ral commandant la police ordonna &#224; ses adjoints d'entamer le dialogue avec les &#233;tudiants. Mais le 23 comme le 25 mars, les forces de l'ordre r&#233;prim&#232;rent des manifestations, blessant plusieurs dizaines de jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Les &#233;v&#233;nements prennent une toute autre ampleur en mai&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'en France les anciens &#233;tudiants de 68 se rappelaient leur jeunesse, les &#233;tudiants indon&#233;siens f&#234;t&#232;rent &#224; leur fa&#231;on cet anniversaire. Avec des diff&#233;rences !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, les &#233;tudiants indon&#233;siens de 1998 se disent le plus souvent &#171; d&#233;mocrates &#187;. M&#234;me quand ils critiquent le r&#233;gime, ils s'affichent jusque-l&#224; anticommunistes. La classe ouvri&#232;re d'Indon&#233;sie, de son c&#244;t&#233;, ne s'est pas manifest&#233;e dans les &#233;v&#233;nements, du moins en tant que force organis&#233;e ayant ses propres perspectives. Des ouvriers ou des jeunes ch&#244;meurs ont particip&#233; aux &#233;meutes, mais autant qu'on puisse en juger de loin et &#224; ce jour, il n'y a pas eu d'intervention collective des travailleurs au nom de leurs int&#233;r&#234;ts de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inqui&#233;tude qui se manifeste au pouvoir permet cependant de mesurer le poids politique que des r&#233;actions ouvri&#232;res plus organis&#233;es et conscientes pourraient avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'usine m&#233;tallurgique de Guawn, le patron annon&#231;a 90 licenciements sur 650 ouvriers. Un mouvement eut lieu. En plus des hommes de la s&#233;curit&#233; de l'usine, les forces de l'ordre &#233;taient pr&#233;sentes, ainsi que le chef de la police de la ville et un grad&#233; de l'arm&#233;e. Apr&#232;s le discours du repr&#233;sentant du patron faisant la morale aux ouvriers rassembl&#233;s et d&#233;non&#231;ant les agitateurs c'est le chef de la police qui mena&#231;a les ouvriers licenci&#233;s s'ils tentaient d'organiser une riposte avec leurs camarades encore dans l'usine. Et de conclure que les travailleurs qui avaient perdu leur gagne-pain seraient bien inspir&#233;s de retourner chez eux &#224; la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Balaraja, 1000 ouvriers qui travaillaient en &#233;quipes 45 heures par semaine dans une entreprise de c&#233;ramique se lanc&#232;rent d&#233;but mai dans leur premi&#232;re gr&#232;ve depuis huit ans, depuis l'ouverture de l'usine en fait. Ils ne gagnaient que 200 F par mois et r&#233;clamaient 35 % de hausse de salaire. Un ouvrier de l'usine racontait qu'il limitait son alimentation au riz avec des galettes de soja frites, la viande &#233;tant hors de prix et leur dernier poulet ayant &#233;t&#233; mang&#233; la semaine pass&#233;e. Apr&#232;s s'&#234;tre rassembl&#233;s dans la cour de l'usine, ils d&#233;fil&#232;rent pacifiquement. L'arm&#233;e et la police, appel&#233;es par le patron, patrouill&#232;rent tout autour du b&#226;timent tandis qu'une brigade anti-&#233;meutes avait pris ses quartiers &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zones industrielles entour&#233;es d'enceintes barbel&#233;es et surveill&#233;es, omnipr&#233;sence des forces de l'ordre, l'arm&#233;e et le r&#233;gime craignaient (et continuent de craindre) les r&#233;actions. Un officier, se pr&#233;sentant lui-m&#234;me comme &#171; d&#233;mocrate &#187;, d&#233;clara &#224; un journaliste du Monde que &#171; l'arm&#233;e pensait que les ouvriers allaient se r&#233;volter. Elle avait des plans pour lutter contre un tel soul&#232;vement mais les ouvriers n'ont pu s'organiser &#187;. Il est &#233;vident que c'est aujourd'hui une classe ouvri&#232;re d'une toute autre importance num&#233;rique qu'en 1965 que le pouvoir et l'arm&#233;e ont en face, une classe ouvri&#232;re sans doute quasiment pas organis&#233;e, syndicalement et politiquement, mais qui a su mener des gr&#232;ves malgr&#233; la r&#233;pression : plus de 1130 recens&#233;es en 1994, dont plus du quart dans les banlieues de Djakarta. Et il s'est trouv&#233; en son sein des militants qui ont eu la volont&#233; de mettre sur pied des syndicats ind&#233;pendants de la centrale gouvernementale pro-patronale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier mai, Suharto annon&#231;a qu'il excluait toute r&#233;forme politique avant la fin de son mandat en 2003, et l'arm&#233;e, par la bouche du g&#233;n&#233;ral Wiranto, chef d'&#201;tat-major et ministre de la D&#233;fense, haussa le ton contre les &#233;tudiants. Les blind&#233;s l&#233;gers et les balles en caoutchouc furent utilis&#233;es contre les manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; nouveau une initiative du pouvoir qui mit le feu aux poudres : une s&#233;rie de hausses de prix de 60 % en moyenne des transports ferroviaire et routier, de l'&#233;lectricit&#233; et de l'essence. Des hausses qui furent d&#233;nonc&#233;es dans la presse comme li&#233;es aux privil&#232;ges accord&#233;s &#224; la famille de Suharto, qui contr&#244;lait le transport des hydrocarbures comme la production d'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Medan, dans l'&#238;le de Sumatra, &#224; l'extr&#234;me Ouest du pays, 1500 &#233;tudiants affront&#232;rent la police apr&#232;s avoir cherch&#233; &#224; parlementer. Un v&#233;hicule de police br&#251;la, ainsi qu'une douzaine de voitures, quarante &#233;tudiants furent arr&#234;t&#233;s. A Palu, dans l'&#238;le de Sulawesi, des milliers d'&#233;tudiants cherch&#232;rent &#224; se rendre au Parlement local : 30 bless&#233;s. Les formes des manifestations vari&#232;rent d'un endroit &#224; l'autre : &#224; Djakarta, 200 &#233;tudiants firent un sit-in devant le parlement, tandis qu'&#224; Unjung Padang (C&#233;l&#232;bes), ils sillonn&#232;rent la ville &#224; bord de voitures, motocyclettes et minibus. A Yogyakarta, 10.000 d'entre eux partirent en manifestation et affront&#232;rent la police. A Medan, un officier de police rapporta : &#171; Ce n'est plus une pure manifestation &#233;tudiante ; des gens ordinaires se sont impliqu&#233;s. Il y a des milliers de gens en col&#232;re qui tentent de mettre le feu &#224; des b&#226;timents. Ils br&#251;lent des pneus et renversent des voitures &#187;. Un journaliste rapporta que dans les manifestations, il rencontra en plus des &#233;tudiants, des m&#233;decins, des infirmi&#232;res et des fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le moment que le FMI choisit pour annoncer un milliard de dollars d'aide, apr&#232;s deux mois de blocage. Michel Camdessus, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, donna un satisfecit au gouvernement pour les hausses de prix, tout en rejetant la responsabilit&#233; des &#233;meutes sur les tergiversations pass&#233;es de Suharto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours qui suivirent, les manifestations et les &#233;meutes gagn&#232;rent en ampleur. Des quartiers commer&#231;ants furent mis &#224; sac, des bandes de jeunes des banlieues pauvres jou&#232;rent au chat et &#224; la souris avec les forces de l'ordre qui h&#233;sit&#232;rent parfois &#224; intervenir. Un &#233;tudiant fut tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il fallut attendre le 11 mai pour que l'opposition, par la bouche d'Amien Ra&#239;s, demande &#224; l'Assembl&#233;e Consultative d'annuler l'&#233;lection de Suharto : &#171; Je suis d&#233;termin&#233; &#224; faire avancer le processus d&#233;mocratique dans le pays et s'il m'est donn&#233; de conduire le &#187;people power&#171; dans la rue, alors je le ferai avec conviction &#187;. Par &#171; people power &#187;, il faisait allusion au mouvement qui avait abouti, en 1986, aux Philippines, &#224; la chute du dictateur Marcos. De grandes manifestations en faveur de Cory Aquino, la veuve d'un opposant bourgeois &#224; Marcos assassin&#233; quelques mois plus t&#244;t, avaient d&#233;stabilis&#233; le pouvoir, mais c'est en fin de compte le choix de l'&#201;tat-major militaire, form&#233; aux &#201;tats-Unis et avec le soutien tacite des &#201;tats-Unis, qui fit chuter le dictateur. L'appel du pied &#224; l'arm&#233;e, que Ra&#239;s s'&#233;tait toujours gard&#233; de critiquer, &#233;tait clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suharto s'envola pour le Caire pour un sommet international, d'o&#249; il ne rentra pr&#233;cipitamment que le 15 mai. En quelques jours, les &#233;meutes et les manifestations avaient chang&#233; d'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 mai, l'arm&#233;e tira sur les &#233;tudiants &#224; la sortie de l'universit&#233; d'Indon&#233;sie &#224; Djakarta faisant 4 morts. Le service d'ordre &#233;tudiant eut bien du mal &#224; emp&#234;cher que les &#233;tudiants ne partent en manifestation. Ailleurs en ville, les &#233;meutiers br&#251;l&#232;rent des voitures et un luxueux centre commercial. Dans le quartier moderne des affaires, des employ&#233;s de bureau houspill&#232;rent la police anti-&#233;meutes et jet&#232;rent des pierres. Les villes de province ne furent pas en reste : 10.000 &#233;tudiants auraient manifest&#233; &#224; Bandoung devant le parlement local, pendant que 8000 autres affrontaient la police &#224; Yogyakarta. De grands rassemblements auraient eu lieu &#224; Surabaya. Apr&#232;s l'arm&#233;e, l'opposition conseilla aux &#233;tudiants de rester dans leurs campus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le paroxysme fut atteint le 14 mai &#224; Djakarta : les &#233;meutiers attaqu&#232;rent plus directement les symboles de la main mise de Suharto et de sa famille sur les richesses du pays. Ainsi, la Timor, une voiture produite par le trust sud-cor&#233;en Kia pour le compte du groupe de &#171; Tommy &#187;, le fils cadet de Suharto, pr&#233;sent&#233; comme la voiture nationale, fut extraite de son hall d'exposition et br&#251;l&#233;e, devant les fusiliers marins qui laiss&#232;rent faire. Le si&#232;ge du minist&#232;re des affaires sociales dirig&#233; par Tutut, la fille de Suharto, fut livr&#233; aux flammes. Les centres commerciaux furent pill&#233;s, tandis que de nombreux chinois se r&#233;fugi&#232;rent &#224; l'a&#233;roport ou dans les grands h&#244;tels. La r&#233;sidence du patron de Salim, un important groupe chinois, ami de Suharto, fut saccag&#233;e, les banques comme les distributeurs de billets d&#233;valis&#233;s. Il y aurait eu pr&#232;s de 500 morts, essentiellement parmi la population qui avait envahi les centres commerciaux par ailleurs incendi&#233;s, mais aussi parmi des commer&#231;ants d'origine chinoise. Le bilan mat&#233;riel des troubles souligne &#233;galement l'ampleur du soul&#232;vement : 3000 b&#226;timents et plus de 1000 v&#233;hicules endommag&#233;s ou d&#233;truits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette col&#232;re, les &#233;tudiants rest&#232;rent en retrait &#224; Djakarta : ils refus&#232;rent de suivre les manifestants venus les chercher &#224; l'universit&#233;, en invoquant leur refus de cautionner les agressions contre les Chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces de l'ordre ont paru soit complaisantes ici, soit d&#233;bord&#233;es l&#224;, et peu enclines &#224; affronter la population en col&#232;re. Par impuissance ou par calcul, elles n'ont pas emp&#234;ch&#233; ces &#171; d&#233;bordements &#187;. Vis-&#224;-vis des &#233;tudiants en particulier, le g&#233;n&#233;ral Wiranto joua l'apaisement en demandant l'ouverture d'une enqu&#234;te sur la fusillade du 13 mai et en mettant les drapeaux officiels en berne. Djakarta fut quadrill&#233;e le lendemain par les blind&#233;s, mais le g&#233;n&#233;ral refusa d'instaurer le couvre-feu en affirmant qu'il gardait le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du Caire, Suharto &#233;voqua pour la premi&#232;re fois la possibilit&#233; de son d&#233;part et les hausses de prix furent annul&#233;es. Les chefs d'&#201;tat des grandes puissances, r&#233;unies pour le G8, eurent une position assez bien r&#233;sum&#233;e par Chirac : &#171; Il est capital de retrouver un pouvoir politique apte &#224; mettre en oeuvre les r&#233;formes indispensables &#187; ! Suharto, que les imp&#233;rialismes avaient soutenu sans faiblir dans toutes ses exactions, n'&#233;tait plus l'homme de la t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression ne se rel&#226;cha pas &#224; l'int&#233;rieur du pays, sous des formes moins violentes. Des d&#233;l&#233;gations de 56 universit&#233;s converg&#232;rent sur le Parlement pour exiger le d&#233;part de Suharto. L'opposition, r&#233;unie dans un Conseil du peuple rassemblant les principaux partis, mais aussi une fraction du parti du pr&#233;sident, le Golkar, dont des d&#233;put&#233;s qui avaient r&#233;&#233;lu Suharto &#224; l'unanimit&#233; deux mois auparavant en lui proposant les pleins pouvoirs, le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e au nom de tous les partis ou groupes repr&#233;sent&#233;s (dont l'arm&#233;e, qui poss&#232;de de droit 75 repr&#233;sentants), l'Association des intellectuels musulmans, dirig&#233;e par Habibie, le premier ministre, et comprenant plusieurs ministres parmi ses dirigeants, bref, toute la classe politique, unanime le 18 mai, pour prier Suharto de partir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant les derni&#232;res journ&#233;es d'&#233;meutes, Amien Ra&#239;s avait envisag&#233; une manifestation qui r&#233;unirait un million de personnes sur la grande place de Djakarta pour le 20 mai. Ra&#239;s jouait avec le feu, selon les autres figures de l'opposition. L'arm&#233;e pr&#233;vint qu'elle s'opposerait &#224; ce rassemblement : un succ&#232;s serait le signe de la puissance de la rue et favoriserait la convergence des &#233;tudiants et du reste de la population. La moiti&#233; des soldats de Djakarta occup&#232;rent militairement la place avec blind&#233;s et barbel&#233;s en chicane. Les bureaux aux alentours furent ferm&#233;s et la circulation interdite. Amien Ra&#239;s raconta quelques jours plus tard qu'il avait rencontr&#233; un g&#233;n&#233;ral dans la nuit qui pr&#233;c&#233;dait le jour de la manifestation : &#171; Ce g&#233;n&#233;ral m'a dit clairement qu'il n'h&#233;siterait pas un instant &#224; provoquer &#224; Djakarta un autre Tien-Anmen. Quand il m'a dit cela, j'ai &#233;t&#233; boulevers&#233; &#187;. Il annula la manifestation le matin m&#234;me &#224; 7 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e autorisa en revanche la tenue de grandes manifestations en Province, qui mobilis&#232;rent des centaines de milliers de personnes, dont un demi million de manifestants dans la seule ville de Yogyakarta.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='spip'&gt;Suharto d&#233;missionne, et ensuite ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Suharto d&#233;missionna enfin le 22 mai, lors d'une br&#232;ve allocution t&#233;l&#233;vis&#233;e. Il laissait Habibie, son vice-pr&#233;sident, former le nouveau gouvernement. Clinton salua sa d&#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me, Habibie pr&#233;senta un nouveau gouvernement de technocrates, avec Wiranto confirm&#233; au poste de ministre de la D&#233;fense. Il confia le poste de l'&#233;conomie &#224; un homme appr&#233;ci&#233; par le FMI. Dans un discours t&#233;l&#233;vis&#233;, il caressa les &#233;tudiants dans le sens du poil, promit de s'attaquer au &#171; n&#233;potisme, la collusion et la corruption &#187; et de d&#233;manteler les monopoles. Il annon&#231;a &#233;galement qu'il se conformerait &#224; tous les engagements internationaux du pays, donc de facto au plan du FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition fut une fois de plus tr&#232;s mod&#233;r&#233;e. Ra&#239;s se dit &#171; neutre &#187;, en prenant date pour les futures &#233;lections, car, dit-il, &#171; il ne tiendra pas jusqu'en 2003 &#187;. Un certain flottement gagna les &#233;tudiants : certains exig&#232;rent la d&#233;mission d'Habibie, d'autres sembl&#232;rent plus h&#233;sitants. L'arm&#233;e fit &#233;vacuer sans trop de difficult&#233;s le Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wiranto commen&#231;a par asseoir son pouvoir en d&#233;pla&#231;ant ses rivaux les plus g&#234;nants, &#224; commencer par le gendre de Suharto, le g&#233;n&#233;ral Probowo, &#171; promu &#187; des forces strat&#233;giques &#224; l'&#233;cole militaire. Devant 10.000 officiers, le 27 mai, il fit un nouveau geste vis-&#224;-vis des &#233;tudiants : &#171; Allons sur les campus nous excuser aupr&#232;s de tous les &#233;tudiants pour ce qui est arriv&#233; &#224; leurs amis, qu'ils sachent que nous partageons leurs vues sur la r&#233;forme &#187;. Mais par ailleurs, il refusa toute commission sur les biens de la famille Suharto. Habibie l&#226;cha du lest en promettant fin mai de nouvelles &#233;lections pour 1999 et la lib&#233;ration des prisonniers politiques. Celle-ci a commenc&#233;... au compte-gouttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'&#233;tait r&#233;gl&#233; &#233;videmment. M&#234;me si l'Indon&#233;sie cessa de faire l'actualit&#233; en France, le calme &#233;tait loin d'&#234;tre revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 15 juin, de multiples manifestations eurent lieu dans plusieurs villes o&#249; des manifestants, &#233;tudiants ou non, r&#233;clam&#232;rent la d&#233;mission des autorit&#233;s locales, accus&#233;es de corruption. A Djakarta, plusieurs manifestations eurent lieu simultan&#233;ment, soit pour protester contre le plan d'aust&#233;rit&#233; du FMI, soit pour exiger la d&#233;mission d'un gouverneur provincial, soit contre le Golkar. La m&#234;me effervescence semble s'&#234;tre empar&#233;e de Surabaya, la deuxi&#232;me ville du pays, dans l'&#238;le de Sumatra : une manifestation d'&#233;tudiants r&#233;clamait que Suharto soit traduit en justice, la lib&#233;ration des prisonniers politiques et la baisse des prix des produits alimentaires, tandis que des milliers de travailleurs du port de Tanjung Perak d&#233;filaient pour r&#233;clamer des hausses de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ce jour, des gr&#232;ves et manifestations touchent l'ensemble des &#238;les de l'archipel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re indon&#233;sienne subit un ch&#244;mage de masse et un appauvrissement consid&#233;rable. Mais dans les usines comme au-dehors, dans les quartiers populaires, le pr&#233;c&#233;dent d&#233;veloppement &#233;conomique a consid&#233;rablement renforc&#233; ses effectifs. Aujourd'hui, dans ce contexte de fin de dictature, une p&#233;riode s'ouvre &#224; la fois plus dure pour les travailleurs, sur le plan &#233;conomique, mais qui pourrait sur le plan politique, &#234;tre plus favorable &#224; leur organisation, &#224; leur politisation, &#224; leur intervention dans les &#233;v&#232;nements, en tant que classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie des pays dits il y a peu &#171; &#233;mergents &#187; mais qui plongent aujourd'hui parce qu'ils sont de fait totalement li&#233;s aux int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes, est on ne peut plus fragile. Ou pr&#233;figure, dans cette r&#233;gion du monde, ce qui pourrait se passer m&#234;me dans les grands pays dits riches, en cas d'engrenage infernal de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui ne sombrera pas et ce qui reste de cette &#233;conomie imp&#233;rialiste en d&#233;route, ce sont les dizaines de millions de travailleurs qui vivent et luttent en Asie et sur lesquels on peut miser pour &#234;tre, avec d'autres, ses in&#233;vitables fossoyeurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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