Leur violence et la nôtre
lundi 3 novembre 2014
Quand Christophe de Margerie est mort, les dirigeants du PS ont aussitôt mêlé leurs voix au chœur des lamentations. Ils saluaient le PDG de Total, trust français responsable, entre autres, d’une guerre civile au Congo, de l’emploi d’esclaves en Birmanie ou, via sa filiale AZF, de la catastrophe de Toulouse en 2001. Entre autres. Les proches de Rémi Fraisse, eux, n’ont eu droit qu’à des condoléances, arrachées péniblement au bout de 48 heures, dans un climat d’insinuations laissant entendre que sa mort était due à des explosifs qu’il aurait cachés dans son sac à dos.
Pas de chance pour les soi-disant « experts », Rémi n’était pas un partisan de la violence. Il était un parmi des milliers venus protester pacifiquement contre la destruction de la vallée du Testet par le barrage de Sivens. Il n’est pas « mort pour ses idées », comme le prétend le « bête et stupide » président PS du Conseil général du Tarn Thierry Carcenac. Il a été assassiné par la police, pour s’être solidarisé de gens qu’il connaissait à peine, mais qu’il ne voulait pas laisser seuls face à la brutalité des flics. Aussi, il est particulièrement choquant d’entendre Valls prétendre samedi que les violences émaillant les manifestations de ces derniers jours sont « une insulte à la mémoire » de la victime.
Des semaines de brutalités policières contre les opposants
Cette police multipliait depuis des semaines les humiliations, les coups gratuits, les provocations. Elle a incendié les tentes des opposants, grièvement blessé plusieurs d’entre eux, déversant des centaines de grenades en tout genre. C’est cela qui cause actuellement le déchaînement de colère des manifestants, y compris à Nantes, loin de cette vallée du Tarn... mais tout près de Notre-Dame-des-Landes, où l’ex-Premier ministre Ayrault voulait bâtir un aéroport. La police y a utilisé tout son arsenal – les cibles d’alors disent aujourd’hui que Rémi, ça aurait pu être eux. D’ailleurs, le 22 février dernier, au beau milieu d’un défilé de 30 000 personnes, avec grand-mères et poussettes, alors que le projet était déjà enterré, Quentin perdait un œil d’un tir de flash-ball.
Les fauteurs de violence, il faut les chercher du côté des décideurs politiques, hier la droite, aujourd’hui la gauche. Ils sont aussi parmi ces magnats du béton ici, ou ces capitalistes de l’agriculture là, pour qui l’argent public n’est utile que quand il leur permet de faire du fric. La même violence d’Etat s’exerce contre des syndicalistes conduits devant les tribunaux, et expulse les pauvres de leurs logements. C’est la violence d’une classe, la bourgeoisie, sur toute la société. Contre elle, ce n’est pas tant de cocktails Molotov que nous avons besoin, c’est de nous dresser tous ensemble pour les revendications de chacun, c’est d’opposer notre force, celle du nombre.
Tous dans la rue le 15 novembre
« La grande peur de Hollande depuis le début du quinquennat, c’est une explosion sociale, et notamment de la part de la jeunesse », a confié un élu proche du chef de l’Etat au journal Le Monde.
Au-delà du drame du Testet, les raisons de se révolter contre sa politique ne manquent pas. La seule chose qui a augmenté autant que le chômage et la misère, c’est les profits du CAC 40 et la fortune des riches. Et plus ils se gavent, plus ils en veulent. Le Medef réclame maintenant la fin du CDI.
Bien des travailleurs réagissent. Ce qui manque, c’est la coordination des luttes aujourd’hui éparpillées. Des syndicats, des associations et des organisations politiques de gauche appellent à manifester le 15 novembre contre le budget d’austérité. C’est une occasion de dire sa colère, prendre contact, discuter. De mettre en avant des objectifs communs : interdiction des licenciements, partage du travail entre tous sans perte de revenus, augmentation des salaires et minima sociaux d’au moins 300 euros par mois.
Comme d’habitude, des marchands d’illusions expliqueront qu’il s’agit de patienter jusqu’à 2017 et de bien voter. Mais dans la rue, nous aurons des choses bien plus urgentes et sérieuses à organiser !